25.8.21

Toujours cette même passion pour la grammaire philosophique. Avec laquelle, j’essaie de substituer à l’énoncé un peu grossier de l’autre jour : « Les gens sont des cons », un autre plus précis, moins épidermique en quelque sorte, comme : « Une minorité maintient, par intérêt, profession, malignité, la majorité dans une situation de dépendance intellectuelle, morale et sentimentale telle que cette dernière se trouve dans un état de faiblesse proche de l’analphabétisme ». Mais je ne sais pas si je suis plus avancé. Tout ceci n’est-il pas exagéré ? D’autant que l’impression de débusquer un complot derrière la réalité me semble ridicule, en tout cas, elle me déplaît. Les choses sont beaucoup plus simples, me semble-t-il. Un exemple : cette femme influente dans le milieu salue la parution de deux romans écrits par des femmes qui aspirent à devenir influentes en parlant de « Tueuses ». Passé un instant durant lequel je me sens mal à l’aise (un peu plus tard, ayant entrepris de mettre de l’ordre dans mes idées pour analyser la cause de ce malaise, j’archiverai le tweet en question comme manière de pièce à conviction que j’envisage de produire devant le tribunal de ma raison pour m’assurer que je ne délire pas), je me dis que l’intérêt de ces gens-là n’est pas d’en finir une bonne fois pour toutes avec la domination, l’aliénation, dont ils se disent victimes (à tort ou à raison, telle n’est pas la question) pour que nous puissions tous vivre libérés, mais de substituer à une domination qu’ils estiment en leur défaveur une autre domination en leur faveur. Pour renverser la domination, et de dominés devenir dominants. Le vocabulaire employé par la femme de lettres féministe(s) pour parler des femmes de lettres féministe(s) face à la rentrée littéraire est le même que celui employé par l’homme de foot pas féministe pour parler des hommes de foot pas féministe(s) face au but. Mais au féminin. Preuve que, sous des dehors incommensurables, ce sont les mêmes mécanismes, les mêmes processus, les mêmes jeux et enjeux de pouvoir, de contrôle et de domination qui sont à l’œuvre. Exactement les mêmes, malgré le féminin. Le même désir de puissance, de violence, de meurtre coule dans toutes les veines de l’humanité. Derrière le voile des apparences inclusives qu’on présente comme le progrès dans sa version définitive, la porte d’entrée du royaume des fins, la même pulsion de mort est à l’œuvre. Réduction de toutes les différences au même. Ainsi, la fin de l’aliénation nous paraît-elle utopique non en raison d’une espèce de loi qui voudrait que, si elle est possible en droit (théoriquement), elle s’avère irréalisable dans les faits (pratiquement), mais parce que, pour se réaliser, il faudrait que les gens qui accèdent au pouvoir renoncent à ce pouvoir. Ce qui ne se produit jamais. Les avantages acquis ne sont jamais rendus, mais conservés et exploités pour son intérêt personnel. Un peu avant, cette illumination nocturne qui me tiendra éveillé plus longtemps que je ne le souhaitais. Je ne souffre plus, me dis-je. Or, cela représente un handicap. Et, comme je ne vais pas quitter Nelly et Daphné pour le plaisir de me blesser par peur de les blesser, il faut donc que je trouve quelque chose qui me fasse du mal. Ce n’est pas une question de masochisme, c’est peut-être même tout le contraire : l’absence de souffrance m’endort, et il faut que je découvre ce qui me tiendra éveillé, l’aiguillon permanent qui m’interdira de sombrer dans le confort, le dard du taon socratique qui me tirera de mon sommeil dogmatique. M’interrogeant sur la question (d’anatomie et de vocabulaire), je découvre que les taons n’ont pas de dard. Plus précisément, ce sont les femelles qui, se nourrissant de sang, mordent la chair de leur proie avec leur stylet. Avec quoi d’autre, en effet, avec quoi d’autre écrire ?