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13.9.21

Nous sommes la civilisation du bruit ; — nous l’avons inventé. Nous pouvons le découvrir par soustraction, expérience de pensée qui consiste à ôter de notre environnement tous les bruits liés à la société industrielle, qui sont les bruits insupportables qui peuplent notre monde. Et qui, en tant que manifestations tolérables, justifiées par la productivité, rendent sensibles toute la souffrance que nous nous infligeons ce faisant, toute la laideur que nous ajoutons à un monde qui n’en avait pourtant pas vraiment besoin. Vers la fin de l’après-midi, un peu avant d’aller chercher Daphné à l’école, la chaleur me semble devenir étouffante, je me dis que j’en ai assez, que je ne la supporte plus, cette touffeur lénifiante d’un été qui s’éternise. Je prophétise à ma seule intention la fin de l’hiver, le désert perpétuel, et commence à avoir mal à la tête, à supporter plus difficilement les agressions de l’environnement, environnement qui cesse dès lors d’être un monde, un univers ordonné, un κόσμος où je puis trouver ma place pour m’y sentir chez moi, le mot même d’environnement marquant la rupture, le hiatus entre moi et ce qui m’entoure, signifiant ainsi la faille et non l’accord, l’harmonie, mais la désharmonie, la cacophonie, le chaos. Le matin tôt, quand je vais courir, le monde a une autre forme, plus fraîche, plus aimable. C’est ce que j’avais ressenti, accompagnant Daphné à l’école, ce matin de la semaine dernière quand Nelly s’était rendue à Paris ; l’univers n’ayant pas encore été totalement envahi par ses habitants, il demeurait un lieu qui pouvait les accueillir. Paradoxe du monde : sans qui le peuple, il est habitable mais inhabité, et avec, il est habité mais inhabitable. Chaque proposition renvoie à sa négation, comme le monde à l’immonde, l’ordre au chaos, la raison à l’irrationalité. Je lis du Dandysme et de George Brummell de Barbey d’Aurevilly, sautant sans scrupule aucun la présentation de l’insignifiant Simon Libaratin dont la présence sur la couverture est comme une tache indélébile sur notre pantalon préféré, des années après l’avoir ouvert pour la première fois. Je m’en souviens, je travaillais chez Grasset, et je portais des pantalons vermillon ou lie de vin et des souliers havane tout en faisant le magasinier, et je redécouvre ce qu’il me semblait avoir oublié, moins un style qu’une forme de vie. Est-ce là tout ce que je voudrais sauver de Paris ? Pourquoi une telle question ? Ne cherchons pas la réponse.

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