2.10.21

J’essaie de rassembler mes idées pour trouver quelque chose à dire, mais je n’y parviens pas vraiment. Il fait trop chaud. J’ai l’impression qu’il fera éternellement chaud, une chaleur toujours plus étouffante, quand même elle serait moins intense qu’en plein été, plus lourde, et qui accable, de la sorte que j’avais ressentie à Naples il y a deux ans, au moins de novembre, et qui m’avait donné envie de fuir cette ville, de partir loin, là où il ferait doux, là où ce serait enfin l’automne et pas cet irrespirable été qui s’attarde. Si moi, ceci étant dit, je m’attarde sur la question, ce n’est pas pour des raisons météorologiques, quoiqu’il ne faille pas les négliger, je ne dis pas le contraire, mais pour des raisons esthétiques. Il y a une qualité de l’air absente que je désire précisément parce qu’elle n’est pas là et qu’à sa place, je chasse ces mouches hideuses qui n’en finissent pas de venir tourner sous mon nez. Qui a inventé ces bêtes, les insectes ? L’autre jour, c’était étrange, d’un côté, si l’on tournait ses regards vers la ville, on pouvait admirer les tas d’ordures qui s’amoncelaient pour former çà et là de petits édifices improvisés, temples à la laideur consacrées, de l’autre, si l’on tournait ses regards vers les collines qui délimitent une frontière physique de la ville, on pouvait se délecter de l’harmonie des couleurs, le blanc de la pierre détachant le vert des pins sur le plan profond du bleu du ciel. C’était étrange parce que, je m’en fais la réflexion à présent, c’est devenu tout cela la Méditerranée, à la fois l’ordure et le sublime et que l’on n’est jamais bien sûr de savoir s’il faut la haïr ou bien l’aduler. Ce que je reproche au monde, pour dire les choses grossièrement, ne devrais-je pas toutefois me le reprocher à moi-même ? Ne dois-je pas me reprocher à moi-même ce qui me retient de jouir sans retenue, cette crainte du kitsch qui fait sans cesse dévier le regard pour voir ce qu’il y a de l’autre côté, derrière les apparences, et caetera ? Je serais tenté de me répondre par ceci que ce n’est pas moi qui jette ces tas d’ordures par terre, oblige par mon comportement à ériger toujours plus de frontières de métal, inventions géniales du mobilier urbain, et l’on pourrait me reprocher de prendre le problème par le petit bout de la lorgnette, mais par quel bout le prendre ? Il faut avoir le nez sur le réel si l’on veut y comprendre quelque chose : la civilisation est là, et les envolées lyriques des rédempteurs de l’humanité ne valent rien quand celle-ci a les pieds dans la merde — littéralement. Mais pourquoi est-ce que je raconte ça ? Ne pourrais-je pas, pour une fois, raconter quelque chose de beau, de simple, d’édifiant ? Mais à quelles fins ? Pour son anniversaire, j’ai offert un stylo à Daphné.