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6.10.21

Quand la mégère de moins de cinquante ans a déversé tout le fiel qu’elle avait conçu contre notre fille sur Nelly, je n’ai pu m’empêcher de penser que l’inquiétude d’une intelligence valait mieux que la paix de la bêtise. Laquelle, façonnée et renforcée par la surconsommation de produits standardisés, la surexposition à des écrans aux exclusives vertus dégénératives, sans animosité aucune mais dans la plus parfaite ignorance de ce qu’il peut y avoir de vraiment beau et bon en ce monde, constitue le lot commun de l’humanité occidentalisée. Et même si, en ce moment notamment, je suis épuisé, si je m’emporte alors que je ne le devrais pas, perds mon calme et fais des leçons de morale dont je suis, m’assommant moi-même, la première victime, alors que je sais très bien que l’enfant n’est pas « difficile », comme ils disent, ceux-là qui entendent la faire passer pour une hystérique mal élevée, mais simplement intelligente et que, non, les gens intelligents ne voient pas le monde de la même façon que ceux qui ne le sont pas, que leurs désirs ne sont pas les mêmes, que leurs exigences non plus, que la façon dont ils projettent leur volonté dans le monde n’est pas la même, et qu’elle se heurte à tous les obstacles que les imbéciles s’acharnent à mettre, par bêtise ou par haine, voire les deux, elles qui ne sont que rarement étrangères, en travers de leur chemin. Je le sais, oui mais je suis fatigué : les ruptures, peu importe leur nature (amoureuse ou amicale), peu importe les responsabilités, les torts des parties en présence, les ruptures ne sont jamais des moments faciles à vivre et ce, quand même on saurait que c’est mieux ainsi — on ne veut pas se l’avouer, mais on finit par ne plus rien partager que des propos insignifiants, des moments embarrassants. J’essaie de trouver des remèdes à la fatigue, dont certains pourraient ne pas sembler les meilleurs prima facie, tels ces vers de Baudelaire que j’apprends par cœur pour ne pas abandonner définitivement ma mémoire (Lorsque, par un décret des puissances suprêmes, etc.), elle que je n’ai jamais vraiment fait travailler, mais qui me permettent, je crois, de tenir le coup. Le coup contre quoi ? contre tout, contre moi, surtout, voudrais-je croire, mais c’est contre le monde, à l’évidence. Le vent seul est le salut de la ville. Les jours comme aujourd’hui où il se déchaîne, comme pour purifier le ciel par la terre souillé, sont malheureusement bien trop rares pour que l’air soit respirable. Partout, on bâtit l’horreur sur l’horreur avec vue sur l’horreur, des plaies neuves et surcotées. Bientôt, tout cela, tout ce bâti dépourvu de la moindre valeur esthétique, tout cela ne vaudra plus rien, et puis quoi ? de toute façon, tout autour, la chaussée est défoncée, les murs lézardés, les gens décivilisés, le vent souffle, mais ce n’est pas assez, tout est enraciné, pas assez fort pour déraciner. Quand les images sont trop choquantes, les belles âmes crient à l’écocide pour se donner bonne conscience, mais elles ne sont ni καλαἰ ni αγαθαί. Et c’est si loin de la vérité. C’est vrai que j’ai cru qu’elle se trouvait ici. Je me suis trompé. Quel mal y a-t-il à le reconnaître ? N’est-elle donc pas de ce monde ? Mais de quel autre ­— puisqu’il n’y en a qu’un ? Voilà que je me découvre plus pugnace que je ne le pensais. Fatigué, oui, mais pas abattu — loin de là.

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