17.10.21

Tout ce qui vibre. Tout ce qui fait vibrer. Tondant ma barbe où elle résonne dans le carrelage clos de la salle de bains, la note émise par le rasoir électrique s’harmonise avec la musique électronique que je suis en train d’écouter. Perfection spontanée de l’univers. Sans désir, rien que la manifestation de soi. Un peu plus tard, lisant un article de « parentologie » (je cite), je me fais cette réflexion : qui le prétend ne te veut pas de bien. Bien au contraire. Au contraire de moi, dirais-je, qui ne te pardonne aucune faiblesse, ne tolère aucune de tes approximations, n’ai pas la sympathie condescendante de te réconforter, de te conforter dans ce que tu es, parfois même semble te vouloir du mal, à ceci près que ce que tu prends pour du mal, cette dureté, cette intransigeance, ce purisme, c’est du bien. Je ne veux pas faire preuve d’humanité, abstraction pompeuse pleine de vide. Toujours nous succombons à la mollesse et, croyant aimer, croyant aider les gens, nous leur faisons le tort de les maintenir dans leur être figé, — mais peut-être est-ce là ce que nous entendons par le bien, une nette absence de perspective, de dynamique, de force, quand ne compte que ce qui se compte (l’argent, les profits, les chiffres de vente, le nombre de vues, que sais-je encore ?). Et tenir le plus longtemps possible. Dans le décousu de mes pensées, je note des bribes de remarques pas forcément achevées, en suspens, entre deux airs, comme la supercherie que je constate d’une société déconstruite à la télévision, et plus largement sur tous les écrans où l’image bouge, son mouvement immédiat nous voulant un mal que nous ne semblons pas capables de mesurer. Pourquoi me sens-je si peu à ma place, singe en cage dans ce monde ; — est-ce parce qu’il est factice et que je suis vrai ? Note cette précision grammaticale : je ne dis pas vrai, je suis vrai. Nelly me dit une journée comme aujourd’hui rachète tout, et je comprends ce qu’elle veut dire, mais j’ai l’impression que le climat ne fait plus son effet sur moi, son effet rédempteur. Alors, pas tout de suite après, un peu plus tard, je lui réponds il faudrait commencer par décider où nous voudrions vivre, et dans cette affirmation se dissimule mal l’évidence que je n’en ai pas la moindre idée. Phrases qui m’émeuvent dans les relevés de Quentin Leclerc : « En fait des fois c’est difficile de faire comprendre aux autres que ça fait du mal d’être le second couteau, le truc qui passe après, la personne à qui on pense pas, la voix qu’on peut caler vite fait en fin d’émission après que tout le monde a eu le temps de bien parler. / Toute mon adolescence, j’ai été la personne qu’on oubliait d’inviter aux soirées. / Je joue le jeu parce que j’ai toujours l’espoir qu’on jour quelqu’un prenne son téléphone et m’appelle pour me dire : viens ce soir y a un truc super ça ferait plaisir que tu sois là. / Mais la vérité c’est que ça n’arrivera jamais. / Il n’y a pas de points d’exclamation dans mes phrases parce que je suis triste, et que je l’ai été toute ma vie. / Un jour j’ai été heureux. / C’est quand j’étais enfant, et que vous n’existiez pas. »