31.10.21

Je crois que j’étais à deux doigts de découvrir quelque chose de profond au sujet de mon époque, sorte d’illumination caractéristique de l’état dans lequel on se trouve le matin, juste après le réveil, quand on ne sait pas encore très bien quel temps il fait dehors, le fait que les volets soient fermés ne faisant rien pour accroître notre connaissance en la matière météorologique post alerte orange, ni très bien quelle heure il est, le fait que l’heure ait changé pendant que nous n’en étions pas conscients ne faisant rien pour préciser les chiffres que nos yeux mi-clos et aveuglés par la lumière de l’écran rétroéclairé peinent à déchiffrer, je crois dis-je que j’étais à deux doigts de venir à bout de cette question qui me taraude plus souvent que je ne le souhaiterais — mais pourquoi tout est-il si bête ? —, quand je me suis dit pfffff. Littéralement, alors que ce n’est pas vraiment un mot, pas tout à fait une onomatopée, non plus, mais bien plutôt une sorte de soupir de lassitude par anticipation, un sentiment qui, si l’on adoptait pour le décrire la notation musicale, s’écrirait ppppp, un pianisisisisimo feldmanien, qui ne réduit pas au silence, mais incite à faire le moins de bruit possible, as soft as possible, comme il arrivait à Morton Feldman de l’écrire en tête de ses partitions, incitation à se tenir avec la plus grande des attentions sur la frontière (étique) qui sépare le silence du son, le bruit du calme, et non seulement se tenir là, mais encore se promener le long de cette frontière, ou plutôt sur elle, la parcourir, tâcher de voir où elle va, à supposer qu’elle aille quelque part, peut-être tourne-t-elle en rond, après tout, ce n’est pas si mal que ça, de tourner en rond. Pfffff, c’est vrai qu’un tel slogan ne pèse pas lourd, et sa légèreté — qui, dans un monde vivable, devrait plaider en sa faveur —, sa légèreté même semble se retourner contre lui-même, que peut-il ce slogan contre tous les hurleurs qui peuplent ma planète, mon époque, mon pays, mon cerveau ? Littéralement (décidément), rien. Ce rien, je n’ai pas l’intention d’en faire l’apologie (je l’ai déjà faite, avec des conséquences que j’aurais pu anticiper : nulles), certes, il vaut mieux que tous les quelque chose du monde, mais ce n’est pas à moi de décider pour les autres ce à la quête de quoi ils doivent consacrer leurs vies. Chacun ses problèmes. Les miens sont simples et pourtant très complexes, et c’est aussi anticipant qu’ils allaient de nouveau se poser à moi si je déroulais le fil des idées qui était enroulé devant moi que je me suis dit, je crois, pffff, et si on pensait à autre chose ? et si on passait à autre chose ? Je ne vais pas faire semblant, il n’est pas facile de penser à autre chose, pas facile de passer à autre chose, tant tout semble être fait pour te renvoyer à ta propre misère, mais pas comme chez Pascal, ne rêve pas, non, pour te montrer le chemin d’élévation qui conduit jusques à Dieu, le nom qu’il donnait à l’absolu, non, tout est simplement fait pour te rendre jaloux, envieux, encore plus misérable, c’est-à-dire, et donc que tu consommes, que tu consommes, que tu consommes, sinon, pourquoi toujours ces sourires sur les images ? C’est tragique, l’ère du faux, tout semble tellement vrai. C’est comique, l’ère du faux, tout semble tellement vrai. Qui a encore la force de faire la différence ? Détestable climat.

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