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16.11.21

Enregistre ma voix pour Antoine (épiphanies négatives) parce que, à quelque 700 kilomètres de distance, nous avons eu la même idée. Parfois, et ceci est une sorte de commentaire sur l’expérience que je viens de faire pendant l’enregistrement, parfois, on comprend que la colère doit sortir pour ne pas être dirigée vers l’intérieur (ce sont des sortes de métaphores que j’emploie) afin que ce dernier reste disponible, ouvert, libre pour l’action, ce qui doit être fait, l’œuvre. Dans ma tête, tout est clair, en ordre. Faisant ce que je fais, je suis là où je dois être. Un acte accueille une métaphore, l’enveloppe, et la dépasse. Je n’ai pas à trouver ma place au monde, ni à attendre qu’on m’en assigne une, mais faire cela pour quoi je suis fait. Quand j’essaie d’avoir des opinions comme les gens en ont (quand ils ont fait des études, ils appellent ces opinions des valeurs ou des systèmes de valeurs, mais ce ne sont jamais que des opinions), je me rends bien compte qu’elles sont ineptes, qu’elles passent à côté de l’essentiel, que je ne devrais pas appeler l’essentiel, pas plus que la réalité, mais ce sont les mots qui me viennent à l’esprit parce que ce sont les mots avec lesquels j’ai appris à penser, et il ne faut jamais cesser d’apprendre à penser autrement. Je me rends compte que je dois me passer des opinions parce que les opinions sont faites avec les concepts et les pensées des autres (leurs valeurs, leurs systèmes de valeurs). Dans le texte que j’ai enregistré pour Antoine, il est question d’une pierre prélevée dans un cimetière, et j’ai voulu être semblable à la pierre, trouver l’éloquence de la pierre. Ne plus avoir la moindre opinion, parvenir à ce degré de conscience où être moi-même ou me dissoudre, continuer d’être Jérôme Orsoni ou devenir la pierre, c’est exactement la même chose, et par chose, je n’entends pas chose, mais expérience. Écrire — faire l’expérience d’une forme de conscience où l’identité et la différence sont indifférentes : je peux dire que la pierre et moi, nous sommes une, que la pierre et moi, nous sommes deux, qu’ensemble, nous formons une tierce chose, que la pierre devient moi dans ma conscience mouvante, que je deviens la pierre dans sa inertie matérielle, cela n’a aucune espèce d’importance, ce ne sont que des manières — impropres, toutes — de dire l’expérience, et la manière de dire l’expérience, c’est le poème. Et le poème est l’expérience.

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