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5.12.21

Devant moi à la boulangerie, l’enfant obèse en jogging et claquettes aux pieds prend deux bouteilles de thé glacé dans l’armoire réfrigérée, commande deux brioches au sucre rondes, deux brioches au sucre, deux brioches normales et puis aussi deux cent grammes d’amuse-gueules salés. Et avec ça ? Ce sera tout. Je me demande comment l’on peut désirer quelque chose. Non : comment l’on peut vouloir désirer quelque chose. Nelly m’annonce la mort d’un gourou du retour à la nature. Et comme toujours, il y a des gens qui trouvent qu’il est formidable et d’autres que c’est un charlatan, mais personne ne se demande où est-elle cette nature à laquelle il faut retourner ? J’aime la réponse que je pourrais donner à cette question si jamais on me la posait. Nulle part. L’idée que les choses auxquelles nous devrions retourner ne se trouvent nulle part n’est-elle pas en effet magnifique ? C’est l’attente de quelque chose qui n’est pas encore venu et ne viendra peut-être jamais. Le voyage vers un lieu qu’on n’atteindra peut-être et qui, d’ailleurs, n’existe sans doute même pas. C’est une histoire qui n’a pas de fin parce que les fins nous limitent injustement, nous font accroire que, un jour, si nous suivons à la lettre un ensemble de préceptes, et peu importe qu’ils soient absurdes, et peu importe qu’ils soient faux, ce qui compte, c’est d’y croire, un jour prochain, mes frères, nous pourrons nous reposer jusqu’à la fin des temps. Or, c’est cette croyance qui est une paresse en soi. C’est elle, le repos. Satisfait et obèse derrière son apparence d’activité. Dès que nous croyons en une fin ultime, nous sommes finis. Pas accomplis, non, morts. L’histoire a toujours été faite par des gens qui croyaient en la fin de l’histoire, plus exactement : qui croyaient qu’ils étaient eux-mêmes la fin de l’histoire. Et qui, s’illusionnant de la sorte, se condamnaient à l’échec. Lequel ne tarde jamais à venir. Comment expliquer, dès lors, que ce soit toujours la même rengaine qui revienne inlassablement ? Sommes-nous voués à ne rien apprendre, ne rien savoir, ne rien comprendre ? Au lieu de rêver une histoire qui n’aurait pas de fin. Histoire et nature sont solidaires dans ces conceptions finalistes ; la fin de l’une révélant l’essence de l’autre. Combien différente serait l’idée que, n’étant pas un empire dans un empire, notre histoire n’est pas destinée à s’achever. Qu’il n’y a ni fin ni retour, ni dévoilement ni achèvement. Rien que du temps qui passe, rien que du temps que nous passons. Écoulement. Suivant le calendrier luthérien, en ce second dimanche de l’Avent : Wachet ! betet ! betet ! wachet !

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