comment 0

11.12.21

Entre le chapiteau du cirque et la plage des planchistes, les quelques tentes qui servent d’abri sauvage à je ne sais qui mais je le devine ont été encerclées par des barrières de sécurité. Est-ce pour empêcher les gens de sortir, les gens d’entrer, neutraliser l’espace, mais alors pourquoi ne pas simplement l’effacer, cet espace, se protéger, mais qui et de quoi ? Le vent souffle si fort qu’il m’arrive d’avoir du mal à continuer de marcher. Contre la digue, les vagues se fracassent avec violence. Les oiseaux se laissent porter comme des feuilles mortes dans le ciel bleu parfait, sans profondeur ni aspérités, pureté unique. Ce ciel, pourtant, pourquoi ne m’émeut-il pas ? Pourquoi ne m’émeut-il plus ? Avant, il me touchait, que s’est-il passé ? Sans le savoir, j’ai la réponse à cette question : rien, voilà ce qu’il s’est passé rien, tout a toujours été ainsi, les choses ne changent pas, pour qui les regardent comme elles sont, elles n’ont pas d’apparences, ni trompeuses ni authentiques, elles sont, tout simplement. Ontologie nulle. Celle dont nous avons plus que tout besoin. Hier, avant de me coucher, tard, j’ai griffonné des mots au verso d’une feuille imprimée au recto, pliée en deux. Elle est là. Je ne l’ai pas relue. Je me lève, la prends dans ma main. Voici ce qu’elle dit. Le capitalisme — satisfacteur de désir — rend les gens heureux. Ce bonheur est probablement une illusion, mais l’illusion est indiscernable de la réalité. D’où la question : comment parvient-on à rendre cette différence discernable, comment discerne-t-on les indiscernables ? Les gens s’imaginent heureux — parce que leurs désirs sont satisfaits —, mais ils ne le sont pas. Comment ne le démontre-t-on pas, mais : comment le montre-t-on ? En disant que les désirs sont veules, mais personne n’a envie de l’entendre, et puis, le sont-ils, vraiment ? La prospérité est-elle un désir veule ? Non, ce qui l’est, c’est la destruction qui accompagne chacun des pas de la prospérité comme son ombre. Cela, comment le montre-t-on ? Non : comment le démontre-t-on ? Mais : comment le fait-on sentir ? / Il faut se dépouiller du pouvoir : toute quête du pouvoir est un asservissement. / En France, par ex., le Kisme et l’État-Providence marchent main dans la main. Entre eux, il n’y a pas le moindre écart. Ils se confondent parce qu’ils expriment la même vision : l’un aménage le territoire que l’autre crée. / Pas de différence de nature, que des différences de degrés, parce qu’il n’y a qu’une seule nature et que, par suite, il n’y a pas d’empire dans un empire. Et, donc, pas d’empire du tout. Rien que le monde, rien que la vie.

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.