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14.12.21

Microcosme = macrocosme. Le problème de la réalité, ce n’est pas la réalité, mais l’image que l’on s’en fait et qui, à force d’habitude, à force de répétition, à force de réussite, même parfois à l’occasion, acquiert valeur de réalité. C’est si vrai que le fait même de sortir de cette image fabriquée de la réalité ne suffit pas à la percevoir comme image. Bien souvent, la perception de l’image n’équivaut pas à la perception de l’image en tant qu’elle est une image, mais aboutit à une forme d’incompréhension. « Si j’avais voulu, j’aurais pu faire autrement », dit-on avec conviction, mais c’est un mensonge. Qu’on l’adresse aux autres, ce mensonge, cela ne pose pas de problème moral — quand cela s’avère nécessaire, il ne faut pas hésiter à mentir pour survivre —, mais qu’on se l’adresse à soi-même, là est le problème (moral, existentiel, qualifie-le comme tu le voudras, ce n’est pas la question). Il n’y a pas de prise de conscience parce que toute conscience est susceptible d’être fausse, il n’y a pas de prise de conscience tant que la conscience ne tombe pas en ruines, tant qu’elle n’est pas réduite à l’état de débris, tant qu’elle ne se fracasse pas contre le réel, ce qui n’a pas de conscience, ce qui méprise toute conscience, ce qui annihile (j’allais dire « annule », mais non, c’est bien le mot qui convient), ce qui annihile toute conscience. La destruction de la conscience n’est pas une phrase, pas un discours, pas une théorie, pas une idéologie, pas un dogme, pas un langage, pas une vérité ; — c’est une expérience. Se dissolvent les croyances que nous entretenons sur nous-mêmes et les autres et les choses. S’effondrent les édifices sur lesquels nous avons l’habitude de nous reposer quand la fatigue se fait sentir. Se disloquent toutes les articulations que nous croyons résistantes, cohérentes, adéquates, toutes les relations que nous avons établies entre nous-mêmes et les autres et les choses. Ne reste rien. Il faut qu’il ne reste rien. Les quantités d’ismes par la puissance magique desquels nous nous imaginons tenir le monde entre nos mains mettent chaque jour un peu plus de distance entre nous et cette expérience nécessaire, ils la reculent, font accroire qu’elle n’est d’aucune utilité : « N’avons-nous pas des solutions à nos problèmes ? N’avons-nous pas des réponses à nos questions ? » Trop de solutions, trop de réponses. Et tellement que nous finissons par ne plus avoir de problèmes, ne plus nous poser de questions. À quoi bon s’interroger, à quoi bon douter, à quoi bon penser ? À tout, il y a déjà une réponse. Bien-être du système. Les êtres humains ne désirent rien tant que d’être dirigés. Qu’on leur donne la liberté, les êtres humains s’empressent de chercher des réponses toutes faites, des méthodes pratiques, des règles de vie, des solutions, des théories. Tout ce qui peut devancer leurs problèmes, lesquels ne doivent jamais se poser, mais toujours êtes résolus. Qu’on les laisse libre de penser par eux-mêmes, les êtres humains trouvent un directeur de conscience à la hauteur de leur angoisse. Anthropologie de la bonne conscience. À mille lieux de la paix de l’âme. Dans l’univers, tout s’entrexprime. Tout résonne. Macrocosme = microcosme.

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