24.12.21

Il fait encore nuit quand je me lève. J’écris une phrase que j’ai notée la veille pour ne pas l’oublier, et puis je vais sur le balcon. La ville est humide (il a plu durant la nuit) et calme encore. N’est-elle pas toujours un peu trop calme ici (le moindre bruit a quelque chose d’insupportable) ? Avant de me lever, je me suis adressé à Dieu, lui demandant pour la énième fois quelles pouvaient bien être ses raisons de me détester autant, question à laquelle, évidemment, il n’a pas répondu. Je me suis trouvé un peu stupide de poser de telles questions, c’est vrai, stupide des questions, stupide de celui à qui je les posais. Et alors, au lieu de m’en prendre à Dieu qui se refusait à me répondre, je m’en suis pris à moi-même, coupable d’accuser un autre que moi-même des maux dont j’étais moi-même responsable. Mais Dieu, dans mon adresse à lui, n’est-ce pas un autre moi-même ? Depuis quelques jours, je pense à une personne que je n’ai pas vue depuis des années. La dernière fois que nous aurions dû nous voir, c’est moi qui avais décidé de ne pas me rendre au rendez-vous. C’était étonnant de ma part parce que j’avais toujours eu l’idée que j’étais quelqu’un qu’on quittait, pas quelqu’un qui quittait, idée fondée sur l’expérience passée, laquelle, j’aurais dû le savoir, n’implique nulle nécessité quant à l’expérience future, mais les choses sont ainsi, qui défient souvent la logique. Peut-être que je pense à elle parce que je ne vois pas assez de gens, et quand je dis « voir », j’entends : « parler avec une personne qui se tient en chair et en os devant moi, à qui j’ai quelque chose à dire, et qui a quelque chose à me dire, à qui j’ai envie de dire cette chose, et qui a envie de me dire cette chose, parce que cette chose et cette chose sont de belles choses », — assez rare, donc. Peut-être oui, mais est-ce bien la (vraie) raison ? N’en cherché-je pas, des raisons, afin d’expliquer pourquoi, un jour, tout ce que je croyais avoir élaboré s’est effondré ? Comme s’il y avait des raisons, c’est-à-dire : des raisons extraordinaires, comme si c’était une sorte de miracle négatif, alors même que non, c’est ainsi que les gens sont et c’est ainsi que toi, aussi, tu es. Il y a quelques semaines, la dernière fois que nous nous sommes parlé, P. m’a suggéré que nous nous appelions plus souvent, et moi je lui ai répondu oui mais je ne le pensais pas, j’avais l’impression de ne plus rien avoir à dire, comme mes livres qui sont restés dans leur carton depuis que je les ai reçus il y a un mois et demi et que je n’ai pas envie d’envoyer à leurs destinataires. Ce n’est pas que je n’ai pas envie qu’ils le lisent, je ne sais pas d’ailleurs ce que c’est. Je ne voudrais pas que les choses se passent comme cela. Mais comment alors ? Je ne sais pas comment, tout ce que je sais, c’est que je voudrais qu’elles se passent autrement. C’est comme entre Dieu et moi, tu vois, c’est toujours moi qui lui parle quand lui, non seulement ne me répond jamais, mais ne prend jamais l’initiative de me parler. Il y a trop de distance, tout est trop lointain, tout est si lointain : si je tends la main, je ne saisis rien ou alors seulement des objets, des choses qui sont déjà à moi. Ce n’est pas cela que je veux. Mais alors quoi ? Je ne sais pas ou je n’ose pas le dire. La guirlande électrique du sapin clignote (quand je me suis levé, je l’ai allumée, et mon ordinateur) : c’est mauvais pour la planète, mais la planète, est-elle bonne pour moi ?