2.2.22

J’ai horreur de ce qui ne marche pas. Je crois que c’est la pire chose au monde : faire quelque chose qui ne marche pas. Je pourrais multiplier les exemples (par exemple : les méthodes pédagoludiques pour apprendre à lire aux enfants et ces mêmes enfants qui ne savent pas déchiffrer les lettres capitales à l’entrée au CP, la lutte contre la xénophobie et le fait que 63% des Français trouvent qu’il y a trop d’immigrés en France, vouloir à tout prix qu’un nourrisson dorme dans son lit et le fait qu’il ne trouve le sommeil que dans les bras de ses parents), mais ce n’est pas la peine, c’est une attitude de vie plutôt qu’une prise de position sur tel ou tel sujet de société, tel ou tel enjeu géopolitique. Non, ce que je veux dire, c’est ceci : quand on fait quelque chose, il faut que ça marche. Si ça ne marche pas, il faut s’y prendre autrement. Si tu luttes pour quelque chose et que cette chose n’advient pas, ou bien cette chose ne peut pas advenir ou bien tu t’y prends mal pour la faire advenir. Dans les deux cas, quelque chose dysfonctionne, et il faut s’attaquer au dysfonctionnement. Marcher, ceci dit, c’est une notion vague : moi, par exemple, je pourrais m’objecter que ce que je fais ne marche pas, au sens où je ne vends pas de livres, ne gagne pas d’argent, etc., mais je pourrais objecter à l’objection que ce n’est pas le bon critère, car il y a des choses qui marchent qui sont mauvaises alors qu’il y en a des bonnes qui ne marchent pas du tout (par exemple, Morton Feldman qui se fit huer par les musiciens de l’orchestre qui créèrent Coptic Light en 1985, c’est-à-dire deux ans à peine avant sa mort, alors que c’est l’un des chefs-d’œuvre de l’un des plus grands compositeurs de l’histoire de la musique). Bref, marcher se prend en plusieurs sens, ce n’est pas très original de le faire remarquer, mais il faut le prendre au bon sens, c’est-à-dire : atteindre l’objectif visé. Il faut que ça marche, même si, pour marcher, il faut parfois du temps aux choses, aux gens. En attendant que le cours de danse de Daphné s’achève, dans la cour de l’ancienne école où il se déroule, je m’étais assis sur une de ces chaises de jardin en plastique blanc qui, avec le temps, sont devenues blêmes, noirâtres, par endroits, je m’étais assis dans un rayon de soleil, chaud, le vent soufflait, ébouriffant mes cheveux, j’ai fermé les yeux, et là, dans cette chaleur paisible, j’ai suivi les sons autour de moi, des branches au vent, des moteurs de voiture, des moteurs de scooter, des sonneries électroniques, je ne me suis pas dissous, mais j’étais dedans, dans le courant du monde, aussi laid ou beau qu’il puisse être, j’étais parmi lui.