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7.2.22

Le vent souffle si fort que, parcourant le front de mer, j’ai du mal à continuer d’avancer. Ou alors le vent me pousse dans des directions que je n’ai pas choisies. Je crois résister, mais ce n’est pas vrai. J’erre. Le visage fouetté par le sable, les embruns. Encore maintenant, quand je passe ma main dans les cheveux, j’y trouve des nœuds si serrés que, les défaisant, j’ai l’impression que ma tête va être emportée. La lumière aurait pu être sublime. Pourquoi ne me dis-je pas qu’elle l’était ? Je jette un coup d’œil par la baie vitrée. Ne l’est-elle pas ? Ne la vois-je pas ? Quelque chose ne va pas. Un instant (je suis de retour sur le front de mer), je m’arrête pour écouter le bruit que fait le vent quand il rencontre la grand roue. Quelque chose de spectral dans cette musique involontaire, improvisée. Les tubes de métal comme autant d’instruments d’une musique automatique. Harmonie sans sphères. Personne n’écoute. La pièce est pour moi seul. Artificielle. Et vaine. Il y a bien un type en trottinette électrique, mais il a tout l’air d’un touriste. À quoi les reconnais-je, les touristes ? Un je-ne-sais-quoi. Il visite, malgré les photographies qu’il prend, ne fait pas attention, ne voit rien. Le vent souffle si fort. Pas exactement le temps idéal, toutefois, pour me débarrasser de mon mal de tête. Ils ne m’aideront pas, non plus, cette mère et son enfant, à m’en défaire. Ils marchent vite (probablement pour aller prendre le bus). Elle, fichu sur la tête, parle fort (langue étrangère) dans son téléphone, cependant que lui se nourrit d’un paquet de TUC. Il est midi. Je suppose que c’est là son déjeuner. Ce matin, Nelly m’a dit que trois motards se sont tués sur la Gineste entre samedi et dimanche. Ils avaient 25, 40 et 53 ans. Comment sauver les gens d’eux-mêmes ? On ne le peut pas. Libre, l’être humain est un primate mal équipé pour la vie. Ce ne sont que des décennies d’éducation qui peuvent en tirer quelque chose de bon. Et encore, pas dans tous les cas. L’être humain qui réclame plus de liberté n’en veut pas, mais moins, quoiqu’il l’ignore : il croit savoir ce qu’il veut, mais il ne sait pas ce que sont les choses, n’en a que des idées vagues, embrouillées. J’ai l’impression que les pointes qui me déchirent le crâne et les dents s’enfoncent plus profond. Quand je touche avec les doigts, pourtant, il n’en est rien, je ne trouve pas de sang.  

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