comment 0

19.2.22

Au sommet du doute, je crois que c’est là ; — j’essaie de m’y tenir. Je ne vis pas dans la beauté, mais dans la laideur, ce me semble, tout autour, partout, laideur qui n’a rien à voir avec le temps. Sinon l’air (du temps). À la surface : de l’espoir, peut-être, que quelque chose soit un peu plus que le reste. Un peu plus quoi ? Juste, véritable, sincère, fiable, je ne sais pas, un peu plus, tout simplement, que quelque chose possède quelque chose que les autres choses n’ont pas, et que qui doute puisse se tenir là, non pas au calme, ni à l’abri, ni au repos, rien de tout cela — au sommet, le col, vue à pic sur la vallée, les cheveux au vent —, mais qu’il puisse vivre là, dans cet espace sans dimension. Il n’y a pas de certitudes pour nous, qu’une utopie que nous inventons chaque jour, dont nous faisons notre pain quotidien, peut-être s’éloigne-t-elle chaque jour, aussi, un peu plus loin, à mesure que nous vieillissons, peut-être au contraire gagnons-nous chaque fois un peu de terrain : il y a un acte qui importe, il y a un acte qui emporte, déchaîne quelque chose qui sans ne serait pas. Espace sans dimension, temps sans durée, ne faut-il pas toujours s’efforcer de figurer l’impossible ? Là, dans cette activité qui semble peine perdue d’avance, se dessinent des figures aimables pour les faire advenir. — Qu’est-ce qui nous obsède tant que nous saurons survivre ? — Promenade sur les pentes de la Montagne Saint Victoire. Au départ, Le Tholonet (Moulin de Cézanne), et puis monte vers une cime que nous atteindrons, nous asseyant sur un banc, panorama dans le ciel, panorama sous le ciel gris troué de soleil, lumières : rouge de la terre, blanche de la pierre, jaune pâle des rayons. De quel couleur est le vent ? Transparent ? Plus tard, je découvrirai que, sur cette place d’Aix-en-Provence que j’aimais tant, une pâtisserie végane occupe désormais l’espace où se trouvait un bouquiniste. Il m’arrivait d’y perdre des heures entières. C’est là, je m’en souviens, c’est là que j’avais acheté le numéro de l’Arc consacré à Robert Musil. Il y avait un article de Bouveresse, au titre génial, celui d’un chapitre de l’Homme sans qualités : « La science sourit dans sa barbe. » Cette barbe où se cache le mal. L’air de quoi ? Du temps ? Non, de rien. Du néant.

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.