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25.2.22

Quasi un conte fantastique : dans une confusion étrange, les images de la guerre contrastent avec celles de l’écrivaine qui poste des petites vidéos d’elle en train de danser dans sa chambre, dans la rue, sur les réseaux sociaux. Je cherche à savoir s’il existe un lien de causalité entre cette série d’événements et cette autre, mais je ne le crois pas. Du moins, ne le découvre pas. (Tant mieux.) L’obscénité est partout et il semble que nous y soyons devenus si habitués que nous ne la distinguons même plus. Il y a des indices, certes, mais les mettre bout à bout, les relier entre eux, c’est cela que nous ne savons pas faire ; nous sommes trop fatigués, trop faibles pour y parvenir. Les images nous sidèrent, à distance, nous envoyons nos prières à nos semblables qui sont en train de mourir, nous faisons des mouvements absurdes, appelant cela, « danser », mais qu’est-ce que tout cela veut dire ? On serait bien en peine de répondre à la question. Je considère le point d’interrogation que je viens de tracer dans l’espace abstrait de mes idées confuses : n’est-ce pas l’existence elle-même qui est obscène ? Oh, pas simplement aujourd’hui, aujourd’hui cette obscénité apparaît un peu plus distincte, c’est tout, mais l’existence en tant que telle. En tant que nous continuons de la vivre, malgré tout. J’essaie d’identifier le lieu de la chose et c’est ici j’indiquerai qu’il se trouve, dans ce malgré tout, qui est l’alpha et l’oméga de la lutte pour la survie, l’alpha et l’oméga de l’évolution de l’espèce. Malgré tout, il y a quelque chose qui pousse l’espèce, toutes les espèces, à avancer, à continuer, à survivre. Et c’est ça, la vie. Tu regardes quelqu’un qui, à des milliers de kilomètres, parles, et tu trouves son discours « émouvant », et tu trouves son discours « déchirant ». Tu regardes son visage et pourtant, il est déjà mort. Et tu ne le vois pas. Tu ne parviens pas à le déceler, à te déciller. L’existence devrait venir se briser contre cet écueil, et le monde couler par le fond ensuite, mais non, tout flotte, c’est même la devise de la ville-monde. Dans le tragique comme dans le comique, comment se fait-il que la bêtise ne nous tétanise, ne nous paralyse, ne nous immobilise pas ? C’est que la bêtise n’immobilise jamais que l’intelligence. Et que ce n’est pas l’intelligence qui commande. Elle n’a pas de force. Elle a raison (elle est la raison). Mais c’est si peu, la raison. Presque rien. Pensé à ce (sublime) fragment de Pascal, « Justice et force. » (Pensées, 135 [Sellier]) : « Il est juste que ce qui est juste soit suivi. Il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. / La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. / La justice sans force est contredite parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. / La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. / Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. »

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