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26.2.22

Urgence — pour des sens mieux et plus aiguisés. Depuis trois jours, activité plus intense, notable dans le cahier au bison rouge. Sans urgence, quoi ? Des lectures dans les librairies, de la poésie dans les maisons de la poésie, des philosophes de plateaux télévisés, des romancières onanistes. Toute la gamme de produits à laquelle nous sommes habitués, et qui ne signifient pas grand-chose, ne manifestent pas grand-chose, sinon notre confort enviable et ses révolutions de chambre à coucher. Mais je ne veux pas critiquer, pas dire de mal. Tout ce que je veux dire. Qu’est-ce que je veux dire ? Les rues de la ville sont sales et cela déteint sur les gens de la ville. De l’autre côté de la fenêtre fermée, malgré mon casque sur les oreilles, j’entends les klaxons des voitures, des cris aussi, étrange coutume. Quand nous nous sommes mariés, Nelly et moi, j’en ai encore le sentiment aujourd’hui, le déroulement des événements nous ressemblait parfaitement. Il était comme nous, il épousait la forme que nous voulions donner à notre vie. Nous nous épousions comme nous épousions la forme que nous donnions à notre vie. Ce qui ne signifie pas que tout soit simple, j’entends autre chose : tout est parfait et il y a des moments où on le voit. Ce n’est pas toujours le cas, on n’y parvient pas tout le temps, pas souvent. En ce moment, par exemple, non. Daphné me semble difficile. Peut-être que nous n’avons pas de patience, peut-être que nous attendons trop d’elle, mais quelque chose déforme. C’est ainsi. Je soulève une oreille du casque, toujours cette joie bruyante, pourquoi ? À Nelly, pour tout à fait autre chose (Daphné), je dis : « Je ne suis pas un puritain. » C’est vrai. Je hais les puritains (pas les puristes). Je recouvre l’oreille de ma tête avec l’oreille du casque. J’appuie sur lecture pour écouter Neroli, voile d’un parfum sans odeur dont recouvrir le monde, quelques minutes au moins (cinquante-sept et cinquante-six secondes, exactement). Une question me vient : « Que se passe-t-il dans le temps que je ne passe pas à écrire ? » Et, bien qu’elle soit étrange, je comprends ce qu’elle cherche à me faire dire. Rien ne justifie ma vie que l’écriture. Peu importe que quelqu’un la lise ou pas. Là n’est pas le but, telle n’est pas la fin.

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