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28.2.22

Savoir aussi se laisser traverser par le monde. Pas pour observer en pur spectateur d’éventuels changements, mais pour les vivre, les agir. Combien de temps ce qu’il me semble qu’il se passe dans mon organisme durera-t-il ? Évidemment, je n’en sais rien, mais il est bon que cela se produise, et il est bon (bon2) que j’aie conscience que c’est en train de se produire. Je n’étais pas encore bien réveillé quand j’ai commencé à relire la traduction qu’on m’a confiée (un très court texte en italien que j’ai accepté de traduire parce qu’il faut que je travaille malgré tout alors j’accepte tout ce que l’on me propose, même si le fait est que l’on ne me propose pas grand-chose, pas grand-chose, c’est-à-dire : presque rien) et puis, j’ai fait le ménage, et j’ai pensé à quelque chose qu’ensuite j’ai ressenti avec une grande acuité dans mon organisme cependant que je courrais. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas, d’un côté, la pensée et, de l’autre, la matière, d’un côté, l’esprit et, de l’autre, le corps, les distinctions de ce genre sont des erreurs qui donnent lieu à de millénaires mythologies (en ce sens, nous ne sommes pas plus avancés que nos lointains ancêtres à qui nous nous sentons pourtant si supérieurs), pas plus qu’il n’y a, d’un côté, le cerveau et, de l’autre, le reste du corps ; plus qu’un organisme fait d’organes, je suis une organisation, et c’est cette organisation qui pense, c’est cette organisation qui sent, c’est cette organisation qui agit, c’est cette organisation qui vit. Mais ce que je veux dire, c’est ce que je veux dire, c’est aussi ce que j’ai ressenti. Le problème du concept d’immanence, c’est qu’il est pris dans un couple d’opposés (immanence vs. transcendance) et qu’en tant que telle, l’immanence sera toujours vécue comme une perte : l’immanence, c’est la fin de la transcendance (comme la guerre, c’est la fin de la paix). L’organisation dont je parle ne s’oppose à rien, elle englobe différents processus qui ne sont pas nécessairement cohérents, qui peuvent même être contradictoires (une douleur peut m’empêcher d’avoir les idées claires tout comme une idée sombre peut me paralyser), mais qui n’en sont pas moins dépendants, solidaires les uns des autres, inexistants si séparés, si distincts. La limite de la déconstruction© (au sens vague et large dans lequel, malheureusement, elle ne veut plus dire grand-chose, plus grand-chose, c’est-à-dire : presque rien), c’est qu’elle intervient dans des couples d’opposés, valorisant l’opposé naguère dévalorisé et dévalorisant l’opposé naguère valorisé, mais elle ne permet pas de sortir de ces couples d’opposés : c’est un désordre ou un nouvel ordre des opposés, mais pas autre chose. Disons qu’elle modifie la structure de la métaphysique, mais elle n’en sort pas, elle la réorganise différemment. Notamment, elle ne permet pas de se débarrasser des mythologies que l’histoire a déposées comme des sédiments dans notre langage et avec lesquelles aucune sortie du système de la métaphysique n’est envisageable. Pour le dire en un mot : on modifie le dualisme, mais on est toujours dualiste. Pour ne plus être dualiste sans perte, sans nostalgie, il faut tout d’abord comprendre que notre langage pense à notre place et que, sans conscience des mythologies qu’il porte en lui, et qui font qu’il pense à notre place, il n’est pas de pensée ni de sentiments non aliénés possibles, — pas d’existence émancipée possible. Ressentir l’absence de dualisme en soi-même n’est même pas le dépassement du dualisme, c’est son congé pur et simple. C’est comme une vieille habitude qu’on perd un beau jour et dont on se demande comment on a pu l’avoir si longtemps, elle qui était si mauvaise ; on la perd, on ne la regrette pas, on s’étonne simplement qu’elle existe et que d’autres l’aient encore.

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