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2.3.22

J’ai tant de parasites en tête qu’il est vain d’essayer de les faire disparaître. Les accueillir n’étant pas forcément souhaitable, la situation est tendue. Hier au soir, j’ai écouté ce célèbre entretien que John Cage avait accordé à Wim Mertens à propos d’un certain concert de Glenn Branca. J’étais en train de regarder Marine Le Pen à la télévision quand l’univers décida soudain de me tirer de cet abandon à l’enfer en faisant apparaître sur mon fil d’actualités un lien vers cet entretien. Où, réfléchissant sur les implications politiques de l’art, Cage dit que la musique de Branca, politiquement, ressemble à du fascisme. Précisément : « Disons que c’étaient des bonnes intentions qu’il exprimait avec véhémence et puissance, ce serait comme ces étranges organisations religieuses dont nous entendons parler. Ou, si c’était quelque chose de politique, cela ressemblerait à du fascisme. J’aime bien mieux la pensée de Thoreau, l’anarchie, être libre d’une telle intention. » Pour qui connaît un peu Cage, de tels propos n’ont rien de surprenant, bien au contraire : Cage oppose le déterminisme de la musique de Branca, le climax permanent et le fait qu’un groupe soit rangé derrière un leader charismatique, à l’indétermination, la vie ouverte, libérée de l’intention monologique, pour ainsi dire. Quarante ans plus tard (l’entretien date de juillet 1982), il se trouve encore des gens pour traiter Cage de « con. » L’humanité est-elle éducable ? Je n’en sais rien, mais j’en doute. Il faudrait traduire cet entretien dans son intégralité parce que la parole de Cage est lumineuse, mais en se contentant de le lire, on n’entendrait pas le rire de Cage qui est une caractéristique sublime de son mode d’expression. Un rire pur, c’est-à-dire qui ne rit pas de, mais résonne ; — un rire sonore. Qui rit comme cela aujourd’hui ? Un rire différent de la satire, mais complémentaire en quelque sorte. L’autre jour, repensé à cette question que se posait Wittgenstein dans son carnet de Cambridge : « Wie müßte der große Satiriker dieser Ziet ausschauen ? » Se terre-t-il dans les décombres de notre civilisation ? Un peu après, Wittgenstein a écrit : « Ich fühle mich in meinem Zimmer nicht allein sondern exiliert. » Sans que j’arrive à dire rationnellement pourquoi, cette phrase m’émeut. En ce moment, je ne fais que monter très haut et descendre très bas. Émotionnellement. Conceptuellement.

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