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3.3.22

La découverte de cette carte datant de l’époque quand je travaillais chez Grasset, « Hommage de l’auteur absent de Paris », dans le livre que j’ai l’intention de relire, m’évoque des souvenirs désagréables. Je commence à en relater un, et puis j’y renonce, effaçant ce que je viens d’écrire. Un instant, je me demande si je ne l’ai pas déjà raconté, ce souvenir, mais je ne sais pas si c’est ici ou ailleurs, si j’ai commencé de le faire avant d’y renoncer, tout comme aujourd’hui, je doute alors je cherche (cette phrase est plus importante qu’il n’y paraît), ne trouve pas, prends donc le temps de penser au souvenir en question, le fait qu’il soit humiliant m’inciterait plutôt à le raconter, je décide pourtant du contraire. Ce n’est pas cela que je désire ici. Ce n’est pas cela que je désire maintenant. Il ne faut pas laisser les parasites trop agir. Il ne faut jamais oublier ce que les parasites sont fondamentalement pour nous : des ennemis. S’il convient d’accueillir ce que la mémoire involontaire rappelle à mon souvenir, je ne dois pas oublier que ce n’est qu’un souvenir, libre à moi, j’entends : libre au moi que je suis devenu, libre à moi d’en faire ce que j’en veux, je n’en suis pas le prisonnier, le souvenir ne me définit pas plus qu’il ne me constitue, il est la trace mnésique que quelque chose m’est arrivé, rien de plus. Je me suis déjà posé la question, mais il m’arrive souvent de me demander pourquoi je me souviens plus fréquemment des mauvais souvenirs, des humiliations, que des bons.  Cela ne contredit-il pas la tendance au laisser-aller, au laisser-faire, au laisser-passer, dont je prétends qu’elle doit être adoptée face au souvenir, afin de ne pas s’en rendre le prisonnier, de ne s’en faire la victime ? En l’occurrence, si je m’attache au souvenir, je vais replonger dans ces années d’humiliations subies alors que je travaillais rue des Saints-Pères, je vais en concevoir du ressentiment, ressentiment qui va me détourner du programme, certes encore vague mais réel, que je me suis fixé, en somme, je vais donner la préférence au passé sur l’avenir. Ce qui est toujours une erreur (individuelle, j’entends). Écrire le souvenir ne va pas l’exorciser. Il va lui donner une stabilité textuelle qu’il ne mérite pas. Et puis, de toute façon, je n’écris pas pour me sentir mieux. Je n’écris même pas pour quelque chose. J’écris.

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