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6.3.22

Merdes de chiens et femmes voilées, vieillards et parc automobile, monocycles et fumeurs de joints, il ne faut pas prendre de recul par rapport à ça parce que la réalité, c’est ça. Personne ne souhaite sa destruction, bien sûr que non, mais qui peut vouloir que cette civilisation telle qu’elle est, perdure, prospère et s’étende ? Les mêmes qui ne souhaitent pas sa destruction ? Mais alors, ne sommes-nous pas un immense serpent qui se mord la queue ? « Tout va mal, mais allez bien » — c’est un impératif : retour sans délai au bien-être. Mais est-on bien quand on va bien alors que tout va mal ? Même idée déclinée sur un autre mode : le macrocosme et le microcosme s’entrexpriment. Personne ne désire aller mal, mais qui peut vouloir accepter d’aller bien quand tout va manifestement mal, quand la norme est le mal, la normale ? Tu entends des gens dire (c’est vrai, on fait même des reportages sur eux) : « Oh là là, mais comment peut-on vouloir faire des enfants dans un monde pareil ? Moi, je n’en veux pas. Le monde est trop méchant. » Comme si les espèces se développaient jamais dans des mondes qui étaient accueillants, étaient faits pour les accueillir, elles. C’est dans un monde hostile que l’espèce humaine s’est développée, qu’un jour nous sommes devenus homo sapiens, pas dans un monde qui était fait pour nous, pas dans un monde qui avait été conçu pour nous. Des mythes comme celui du dieu créateur, de la volonté à l’œuvre dans la nature, du dessein de l’univers, du sens et donc de la fin de l’histoire, mythes inventés pour que nous supportions avec résilience un monde qui n’était pas supportable, un monde dans lequel nous n’avions pas notre place (nous n’avons pas de place au monde, nous devons nous faire notre place au monde), ces mythes ont la peau dure ; ce sont eux qui, aujourd’hui encore, orientent notre désespoir, notre rancune, l’idée que l’on ne pourrait vivre que dans un monde qui nous ferait une place, un monde gentil, un monde sympa, un monde cool. Le monde n’est pas cool et, cela, pour une humanité occidentale droguée à l’estime de soi chimique, une humanité qui se fabrique une réalité fausse laquelle devient l’unique objet de son désir, cela est inacceptable parce que cela lui est incompréhensible. Pourtant, nier la réalité de la réalité, n’est-ce pas se nier soi-même ? Dans sa robe jaune de princesse hellène, Daphné est un soleil qui brille dans cette journée sans soleil.

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