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8.3.22

J’ai un certain nombre de choses désagréables à dire, mais je ne les dis pas, à la place je vais mettre de la crème sur le bout de mon nez qui a tendance à peler en ce moment. Il faudrait que je pense à m’hydrater la peau régulièrement, mais c’est vrai que je n’ai pas cette discipline-là. La première fois que j’ai entendu parler d’une « peau atopique », j’ai trouvé cette expression bizarre parce que, pour moi, la seule chose qui pouvait être « atopique », c’était Socrate qui, dans les dialogues où Platon le met en scène, par son comportement bizarre, original, surprenant, hors du commun (ἄ-τοπος) déconcerte ses interlocuteurs. Je me demande à quoi ressemblerait une conversation sur l’atopicité entre un dermatologue et un philosophe. À rien, probablement. C’est dommage, me dis-je, moi, j’aime ces voyages dans le langage, j’aime qu’on puisse circuler, passer d’un registre à l’autre, d’un champ à l’autre. Dans un monde cloisonné, parler ne sert plus à grand-chose, il faut avoir raison, mais ce n’est jamais toi qui décides qui a raison. Socrate, par exemple, est-ce qu’il avait tort ou est-ce qu’il avait raison ? Ne prends pas cette question à la légère, il en est mort, lui. Toi, tu pèles, ça te gratte un peu, mais tu ne risques pas ta vie pour ce que tu dis. J’ai fini de recopier dans le fichier texte les éclaircies copiées dans le grand cahier noir. À présent, il va falloir que je copie les éclaircies notées dans le petit cahier noir à spirale dans le grand cahier noir avant de procéder à la deuxième copie dans le fichier texte. Long processus, mais nécessaire, je crois, qui fait patienter le texte, instaure une sorte d’équilibre entre l’immédiateté de l’écriture et la patience du texte. Et puis, rien ne presse, personne n’est désireux de savoir ce que je pense, tout le monde s’en fout plus ou moins. Hier, au téléphone, en réponse à quelque chose que je venais de lui dire, mon père m’a répondu : « Oui, c’est d’ailleurs ce que pense Michel Onfray. » Et là, je me suis tu. J’aime mon père, mais il y a des limites à ne pas franchir. Ce monde est tellement niqué que ce que Michel Onfray raconte, compte, même pour des gens instruits, cultivés, intelligents (mon père est un puits de science, je n’ai pas la moitié de ses connaissances). Tu te dis qu’on peut s’en sortir, et puis tu es reconduit à la triste réalité de la vie : non, les gens écoutent Michel Onfray et achètent ses livres. C’est niqué. (Je ne vois pas d’autres façons de le dire.) Je continue d’écrire mes phrases dans mes carnets. Qu’on les lise ou qu’on ne les lise pas, elles veulent dire la même chose. J’aurais toutes les raisons du monde d’arrêter (comme il faut vendre et que je ne vends pas, ça m’en fait une de plus), mais je n’ai besoin que d’une seule raison pour continuer, — l’amour : l’amour de ce que je fais, l’amour du destin, l’amour des femmes que j’aime, l’amour de la vie.

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