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11.3.22

Il y a beaucoup trop de raisons de s’effondrer pour s’effondrer effectivement. C’est presque un devoir de renoncer au renoncement, ne serait-ce que par mauvais esprit : refuser d’adhérer et refuser de se cantonner aux marges. C’est trop facile, en quelque sorte, d’être en dehors du monde social, presque aussi facile que d’être dedans, j’entends : posture trop commode de surplomb, Olympe intellectuel depuis lequel on juge les actions des uns et des autres. D’autant que, bien souvent, l’Olympe en question n’est qu’un petit tas de déjections. La célérité dont je fais preuve pour saisir la moindre occasion de rester au lit le matin au lieu de me lever est si déconcertante qu’elle me déconcerte moi-même mais pas assez pour que je sorte du lit plus vite que je ne le fais. Ce n’est pas que je traîne, je m’attarde, ou mieux : j’essaie de passer aussi longtemps que le temps lui-même est susceptible de passer. Je n’aime rien tant que les exceptions. La routine est nécessaire, certes, mais elle est mortelle comme l’ennui. Tandis que le moindre événement un tant soit peu exceptionnel, quelle que soit sa nature profonde, est un carnaval à soi seul. Il n’y a rien de plus beau que l’état d’exception. C’est la condition sans laquelle il n’y a pas de joie, pas de fête, pas de révolution possible, mais la perpétuation d’un état continu, qui tend vers le plat (x égale 0). L’exception est un pic dans la platitude de l’univers (x tend vers + ∞). Paradoxal, l’état d’exception l’est assurément dès qu’il s’efforce de durer, l’exception devenant la règle. À moins qu’une discipline supérieure lui commande, qu’il n’annule pas l’élaboration dans la durée, qu’il la magnifie sans cesse dans sa répétition exceptionnelle. Théorie un peu trop sauvage, peut-être (y en a-t-il cependant de meilleure ?), qui ne suffit pas à me donner bonne conscience, au contraire, mais voudrait (en quelque sorte) me permettre de pulvériser la culpabilité que je conçois pour parvenir à un stade supérieur, plus évolué de moi-même, devenir meilleur, en un verbe : me perfectionner.

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