comment 1

1.4.22

Il neige à Paris, me dit Nelly, où elle se trouve. Ici, le vent souffle. Tempête. Daphné, fatiguée, veut quand même aller à l’école. Test négatif. Elle a froid. Je lui tiens la main durant tout le chemin pour nous y rendre. Un camarade lui ayant dit la veille qu’aujourd’hui une vague allait submerger la ville, elle imagine la vie dans l’eau à l’école, comment les élèves feraient pour écrire, pour aller à la cantine, comment je ferais moi pour aller la chercher à l’école. Elle m’interroge, évalue les moyens suggérés, en rejette certains, en approuve d’autres, parfois avec enthousiasme, en propose beaucoup. Que j’aime cette enfant. Suis-je un bon père ? Je me souviens de GB qui m’avait dit que les parents avaient tort de se poser ce genre de questions, tort de vouloir être de bons parents, que les enfants se construisaient aussi dans l’adversité. Expédition pour aller faire le plein au cours de laquelle j’assiste à des scènes étranges, comme de longues files d’attente qui n’avancent pas, les gens semblant immobiles à l’intérieur de leur véhicule, alignés les uns à la suite des autres, faisant la queue devant l’autel supermarché du mauvais génie du pétrole, sans bouger, sans rien faire d’autre que rester là. Sorte de Delphes mécanique, culte pétrochimique de rien. Sur la route, à cause du vent, donc, je dois éviter toute sorte d’obstacles (des conteneurs à poubelles, de grands sacs de toile, des cartons, des coussins de canapé, des gens qui courent pour traverser la rue en dehors des espaces prévus à cette fin), et ne puis me déprendre d’un sentiment que je crois avoir connu déjà, d’un pays en voie de paupérisation, d’une civilisation qui s’en retourne, lentement mais sûrement, lentement mais sûrement, à la barbarie. Si ce n’est vrai, si je me trompe, si je m’égare, alors de cette civilisation, je ne sais guère dire que : c’est laid, c’est de plus en plus laid. Or, qui soutiendra que la laideur n’est pas un signe de barbarie ? Donc, donc quoi ? Donc, rien. Gardons le silence un instant de plus. Gardons le silence tant que c’est encore possible.

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