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2.4.22

Mon rapport au langage (Langage, au rapport !), j’en ai pris conscience de façon nette il y a quelques jours, mon rapport au langage, me semble-t-il, est singulier : je déteste le bavardage. Enfant déjà, je n’aimais pas raconter mes journées à ma mère qui s’en enquérait. Et je me souviens que, au début de notre relation, lorsque Nelly me demandait ce que j’avais fait, je rechignais à lui répondre, non parce que je n’avais pas envie de lui parler, non parce que je n’avais pas envie de le lui raconter, mais parce que, me semblait-il, le langage n’est pas fait pour ça. Avec le temps, cette attitude par rapport au langage s’est adoucie, raison pour laquelle, j’ai pu écrire des histoires, ce que, auparavant, j’avais beaucoup de mal à faire. Ce n’était pas que je n’avais rien à dire, c’était que le dire, ce n’était pas ça pour moi. Quand je dis que mon rapport au langage est singulier, c’est que je constate que les autres n’ont pas le même : les autres parlent. Pour eux, je crois, le langage est transparent, c’est un medium, il n’est pas problématique, c’est quelque chose dont on se sert pour dire ce que l’on a à dire. Mais où est censé se trouver dès lors ce qu’on a à dire avant de le dire ? est une question qui ne se pose pas, on s’en aperçoit quand on s’intéresse aux réponses à la question : la croyance au moi comme une entité au contenu de laquelle je a un accès privilégié est effrayante (d’autant qu’on se demande pourquoi les gens vont chez le psy s’ils savent mieux que les autres ce qu’ils pensent — tout ceci est absurde). Qui ne se trouve pas devant le langage comme le bœuf devant la porte fraîchement repeinte de son étable ne devrait pas s’occuper d’écrire, mais devrait se contenter de parler, à tort et à travers, comme tout le monde le fait. J’ai failli m’étouffer tout à l’heure quand, sur france musique, j’ai entendu cette chanteuse de pop française expliquer que tout le monde ressentait la même chose, mais je me suis contenté de hurler que non, moi, je ne ressens certainement pas la même chose qu’elle. Ensuite, j’ai entendu l’une de ses compositions, affligeante ritournelle où l’accent bouffon de qui voudrait bien mais ne sait pas parler anglais se donne en ridicule spectacle, les insanités venant renforcer le sentiment d’étrangeté à la langue, sur le fond d’un track digne d’un mauvais rap des années 1990. J’étais dans ma cuisine où je préparais une délicieuse salade de hareng pour Nelly qui accompagnait Daphné à la pharmacie qu’elle s’y fasse tester (+). Ce journal en tant que tel n’est-il pas la preuve que mon rapport au langage a évolué ? Oui mais non : mon rapport est toujours le même (je déteste le bavardage), c’est mon approche de la question qui a évolué. En bien ?

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