comment 0

18.4.22

La vie est une enclave dans la non-vie. Ce qui croît, c’est-à-dire : la nature, ce n’est pas la vie, mais son contraire, sa négation. La tranquillité, les couleurs, la beauté, c’est tout ce qui parvient encore à échapper à la violence, la grisaille, le vacarme. Leur survit. Quand ces deux mondes qui se nient se côtoient, se trouvent juxtaposés, quand autrement dit l’on se trouve à la frontière entre de ces deux mondes, leur opposition, leur hostilité même, se manifeste de façon indiscutable. Dans le jardin, soudain, un espace étrange, quasi une alcôve tapissée de lierre, lieu qui semble surnaturel parce qu’il évoque la nature, où s’étouffe l’écho des moteurs à explosion de l’avenue voisine. L’art n’imite plus la nature depuis des siècles, il se contente de la singer, en maintient l’illusion à laquelle, pourtant, plus personne ne croit. Les trompe-l’œil sont d’autant plus parfaits qu’ils constituent l’essence de la civilisation : la parodie, le pastiche, le réel travesti. Qu’on ne sache plus faire la différence entre une chose et une autre, une chose et son contraire, se trouve justifié non par notre incompétence épistémologique, mais par la fabrication d’un univers où tout peut être renversé en son contraire afin que le discours puisse recouvrir la réalité de sa difformité. Le récit n’est plus ce qui permet de mettre en ordre des événements, pour les comprendre, pour les faire sentir, pour les aimer, et nous aimer nous-mêmes, nous qui en sommes à l’origine, y participons, en sommes les victimes, mais ce qui travestit la réalité pour sauver ce qui ne peut être racheté, protéger ce qui ne saurait l’être : le pouvoir. Pour qui se tient à la frontière de deux mondes, les yeux ouverts et les oreilles attentives, sensible au moindre souffle d’air, l’antagonisme apparaît d’autant plus réel qu’il est d’autant plus cruel. Tout est mensonge non parce que nous sommes des imbéciles incapables de rien comprendre, mais parce qu’on nous impose le récit d’une réalité dans laquelle, tel est le seul rôle que nous saurions tenir. Pourquoi, sinon, interromprait-on sans cesse qui, se tenant à la frontière de ces deux mondes, s’efforce d’avoir quelque chose, qui parle ? Qui parle ? Qui parle ?

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.