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25.4.22

Sois heureux, la vie est courte. Me suis-je dit tandis que, de bon matin, je me sentais gagné par une insoutenable impression d’accablement : si je devais mourir aujourd’hui, étais-je déjà en train de me dire, on ne retiendrait rien de moi, je disparaitrais dans l’oubli, ce qui est d’autant plus absurde que je ne sais ni ne puis savoir si cela est vrai ou si cela est faux, c’est le genre de phrases qu’on prononce pour se faire plaindre ou se plaindre tout seul. Comme j’étais seul, je ne pouvais pas me faire plaindre, et donc, plutôt que de me plaindre, je me suis dit autre chose, pas tant pour me changer les idées que pour changer d’idée, pour changer ma façon de voir les choses, d’être au monde, de vivre. Ensuite, j’ai passé l’aspirateur dans l’appartement qui en avait bien besoin, et je suis sorti courir une heure, le ciel était d’un bleu parfait, fascinant, s’il n’y avait eu tous ces bâtiments, ces routes, ces voitures, tout ce béton, ce métal, ce plastique, on aurait pu avoir peur que le ciel ne nous engloutît, mais tout ce béton, tout ce métal, tout ce plastique me condamne à la raison : il n’y a plus d’esprits, plus que des corps étendus au milieu desquels il me faut me frayer un chemin. Jamais tant que dans ce monde industriel, l’hypothèse du solipsisme n’a été si probable et si improbable à la fois : comment pourrais-je croire que des âmes, des volontés, habitent ces simulacres de personnes qui m’entourent, mais comment pourrais-je penser qu’une âme m’habite moi-même ? Mais alors qui pense ? J’entends : qui met en mouvement tout cela, qui l’ordonne, l’organise, qui lui donne du sens ? Personne. N’est-ce pas profondément déprimant ? Tu trouves ? Pas moi. Je trouve au contraire que c’est réjouissant. Ah bon ? Bah oui. En courant, je me suis dit que je devrais me consacrer à la beauté dans le monde, à la beauté du monde, et uniquement à la beauté. Immédiatement, je me suis objecté que ce serait là me voiler la face : il y a au moins autant de laideur que de beauté dans le monde, je ne peux pas le nier et vivre dans l’illusion, et c’est vrai, c’est indiscutablement vrai. Et alors ? Le ciel n’est pas bleu, tout le monde le sait, mais quand je dis « Le ciel est bleu », cela n’en est pas moins vrai. J’étais si absorbé par ces questions que j’en ai même oublié de prendre la photographie que je m’étais promis de prendre. Tant pis, l’image en est fixée ailleurs et le vent qui se lève ne parviendra pas à la dissiper.

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