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29.4.22

Je me sens si calme, si apaisé, assis le dos allongé, là comme je suis, qu’il me semble que je pourrais rester ici pour toujours, sans rien attendre, me contenant de rien qu’être une sorte de pure présence sans rien à dire, sans rien à faire que passer avec le temps qui passe, mobile dans l’immobilité. Jardin du Pont de l’Arsenal. Je regarde les gens passer, les étranges, les banals, les jeunes, les vieux, les fumeurs, les coureurs, les intrigants, les riens du tout, les aussi absents que présents, les improbables, les têtes de con, l’humanité entière qui défile ici sous mes yeux distraits. Le soleil m’encourage à ne rien faire, à me contenter d’exister. Je suis à moitié assis à moitié allongé, mais ce n’est pas vrai : je flotte. Depuis combien de temps, à Marseille, ne me suis-je laissé aller de la sorte, tranquille, me laissant transpercer volontairement par ses rayons ? Me disant que je me sens si calme, si apaisé que je pourrais me passer d’écrire, sinon pour toujours, cela, je sais que je ne le pourrais, du moins pour maintenant, du moins pour aujourd’hui, je commence de composer des phrases à venir, je les élabore quasi l’air de rien. Je me dis : il faudrait que je copie ce poème que j’ai écrit il y a quelques jours, mais le cahier dans lequel je l’ai noté est resté à Marseille et moi, ici à Paris, je crois que je ne vais pas avoir le courage d’essayer de m’en ressouvenir. Peut-être est-ce un bien qu’il soit là-bas et moi ici. Qu’est-ce qu’il disait déjà ? Il y était question de petites fleurs jaunes dans un verre. Je crois que j’ai déjà parlé d’elles, dans ces pages, il y a quelques jours, et de cette expérience notée dans l’écriture du quotidien, j’ai eu l’envie de faire aussi un poème, petit, presque insignifiant, non, pas insignifiant, pas petit, pas miniature, mais presque pas là, presque absent, oui, c’est ça, un poème dont la mission serait d’arpenter le territoire étique — c’est une frontière — entre quelque chose et rien. Depuis mon yaourt de ce matin, je n’ai rien mangé de la journée (peut-être la cause du calme, de l’apaisement n’est-elle qu’une forme douce d’hypoglycémie). J’écris en écoutant d’une oreille (la gauche) des conversations improbables (« comme dans Star Wars », dit le petit coq attablé au milieu de sa basse-cour, pour évoquer la beauté du lac et de son cadre, bleu avec des montagnes, tu vois, comme dans, etc., là où son ami s’est marié), en grignotant une saucisse sèche que je coupe au couteau (un Opinel) et en buvant un verre de vin (nature). Mal dormi cette nuit, j’avais peur de ne pas pouvoir me lever ce matin, que mes dents m’empêchent de faire ce que j’avais à faire, ce que j’avais envie de faire. Mais je suis là. Même quand tout va mal, tout va bien.

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