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10.5.22

T’en prendre à l’univers, ce n’est pas ainsi que tu résoudras tes problèmes. L’univers est indifférent. Mais alors comment ? C’est l’histoire d’une vie, de toutes les vies. Recommencer la même chose, tout reprendre à zéro, refaire sans fin les mêmes erreurs, sentir qu’on va dans la bonne direction mais ne pas trouver de chemin (y a-t-il seulement un chemin ?). De loin, ces derniers temps, des gens ont cru bon de m’insulter sans que j’en comprenne vraiment la raison (dans chaque cas, il y avait des motifs discernables, mais la cause, ce n’était pas moi, je servais seulement de prétexte, de cause occasionnelle, aurait dit le père Malebranche qui ne pensait pas à moi le disant) ni le but précis. Mais quand je passe la soirée avec R., les choses sont claires et évidentes. Et le lendemain aussi, avec A. et G., elles sont belles — tout semble couler de source. Pourtant, je n’ai pas le sentiment d’être plusieurs personnes différentes. Je n’ai même pas le sentiment d’être une personne tout court. Une solution déflationniste et, bien que dans l’air du temps, franchement décevante, consisterait à soutenir qu’on ne peut pas s’entendre avec tout le monde, mais encore une fois, je ne comprends pas ce que cela veut dire. Je sais qu’il n’y a pas de réponses définitives et absolues aux questions de ce genre : tout dépend de circonstances changeantes, certes, sauf que certains malentendus ne sont pas des conséquences de troubles de compréhension, mais d’une volonté de ne pas comprendre, elle-même produite par une volonté d’une autre nature, agressive ou dogmatique (elle peut être dogmatique et agressive ou purement agressive, c’est ce que je veux dire). Est-ce à dire que moi, par contraste avec les agressions dont je suis la cible, je suis infaillible ? Que nenni. D’ailleurs, ce n’est pas la question. Si je fais attention à Daphné (comme un père certes, mais cela réclame les précisions que voici), c’est notamment parce que je ne veux pas qu’elle se retrouve dans la même situation que moi (il me semble que Nelly partage elle aussi ce sentiment, de son point de vue à elle), je pense qu’elle peut accomplir de grandes choses (ce qui ne dit rien sur la nature de ces grandes choses ni, supposant la nature de ces grandes choses connue, qu’elle les accomplira effectivement, mais elle le peut) et le fait que ce soit en son pouvoir change la donne. Qu’est-ce que j’aurais fait moi, si quelqu’un avait cru que je pouvais faire de grandes choses ? Peut-être rien. En te regardant écrire, j’ai l’impression que tu as renoncé à accomplir de grandes choses, est-ce que je me trompe ? Ne serait-ce pas trop facile de céder au défaitisme ? Tout une gamme de dogmes, d’idéologies, de spiritualités sont à ta disposition pour justifier ton éventuel défaitisme, le fait que tu renonces, t’abandonnes à un cours des choses qui n’existe pas en soi, n’est que l’interprétation vaincue des choses telles qu’elles vont avec ou sans toi. Alors non, c’est vrai, je n’ai pas encore trouvé le moyen de relier les chaînons entre eux d’une façon qui soit suffisamment belle, suffisamment forte, suffisamment vivante pour me satisfaire, mais cela ne signifie pas que je ne cherche pas. Et si je meurs sans y être parvenu (ce qui est probable), il restera deux ou trois bribes de ce que j’essayais d’accomplir. Deux ou trois bribes, et cette longue langue de vie.

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