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22.5.22

Relisant ce texte au nom peu convaincant et qui, dans le fichier texte où il demeure, s’intitule simplement « le matin du 29 juillet », hier au soir, avant de me coucher, m’endormant déjà, je n’ai pas été attentif à tous les défauts dont il souffre, mais à ce qui importe le plus : la voix. Les défauts peuvent être améliorés, les erreurs corrigées, mais la voix, le ton, le son, non ; ou bien la voix est là ou bien elle n’y est pas et, si elle n’y est pas, tous les ajustements, toutes les modifications de détail, toutes les corrections seront vaines, le texte sonnera faux. Il n’y a rien à faire qu’à l’abandonner et en commencer un autre ou alors abandonner définitivement l’écriture (ce que l’aspirant écrivain rechigne trop souvent à faire pour le plus grand malheur de la langue qu’il s’acharne à saccager sans jamais y parvenir). C’est cette voix qui m’a ému, qui m’a parlé, pour ainsi dire : j’entendais un autre que moi prendre la parole (dire qu’il la prend et la prendre, ce qui n’est pas tout à fait la même chose, l’un geste sans l’autre risque d’être insuffisant) et, pourtant, cet autre que moi, c’était moi, c’était le moi que j’avais désiré d’être et que j’étais parvenu à être le temps d’écrire un texte, c’est-à-dire : un certain temps. Il faisait nuit. Dehors, on fêtait la qualification du club de la ville en coupe d’Europe, et moi, je ne participais pas à la liesse, je ne participais pas à la ville, je ne participais d’aucune vie sociale, j’étais tout entier concentré dans cette écriture, concentré par elle en un point où se focalisaient les souvenirs, les atmosphères, les vérités recherchées, les pas sur le chemin d’elles, des odeurs, des scènes que la langue faisait être là, en chair et en os, ou autrement : incarnait. Dans la langue, tout cela vivait. Aussi, ai-je lu le texte jusqu’au bout, apporté des modifications, procédé à des collages. Ce matin, quand j’ai commencé de relire le texte, je me suis rendu compte que la fatigue de la veille m’avait fait manquer bien des erreurs, bien des défauts, mais le plus important était toujours là : la voix ne s’était pas tue. Si je n’avais pas été fatigué, je me serais peut-être arrêté à ces erreurs, à ces défauts, et mes oreilles seraient demeurées sourdes à la voix. La fatigue a fait sauter la censure, censuré la censure, et laissé parler la voix qui n’attendait que mes oreilles pour se faire entendre.

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