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11.6.22

Avec les lèvres, je me pince les lèvres. Pas assez fort, je crois, pour n’être pas soumis à la laideur. Le type monte et descend l’avenue pour aller le plus vite possible et faire le plus de bruit avec le moteur de sa moto. Est-ce sa façon à lui d’être heureux ? Avant de sortir, tout en me brossant les dents sur le balcon, j’avais observé quelques instants une dame qui observait un écureuil batifoler dans les pins. Influencé par mon observation, ensuite, quand je sortirai, traversant le jardin, j’interprèterai ma première perception de la présence mouvementée de deux mammifères, dont l’un court après l’autre, comme celle d’écureuils, interprétation que ma deuxième perception viendra contredire : on n’a jamais vu d’écureuil avec une queue pareille. Qui a dit que les animaux porteurs de peste ne pouvaient pas s’amuser comme tout le monde ? Est-ce leur façon à eux d’être heureux ? Retour en avant : après m’être pincé les lèvres avec les lèvres pour ne pas me soumettre à la laideur, je composerai spontanément le tercet pas tout à fait descriptif, mais pas tout à fait prescriptif non plus, que voici : « Les mecs sont armés, les meufs sont voilées, tout le monde est foncedé », parodie consciente d’une inconsciente parodie, tout en me disant qu’il faudrait être fou (mal fou) aujourd’hui pour composer des haïkus, qu’il est obscène de rester zen, tout exige de nous une certaine action, oui, mais laquelle ? Continuant de marcher tout en tâchant de me remémorer ce poème de Ryōkan, si beau, où il évoque ses couilles dans le vent (à présent que j’ai le livre sous la main, je peux le relire : « Cueillant des kakis, mes boules dorées, saisies par le vent d’automne »), je considérerai sans émotions mais sans compassion non plus ces gens qui considèrent avec un air absent leur chien en train de chier dans le gazon. Je n’ai pas d’autre remarque à faire à ce sujet. Un bref moment après, je crois, je me fais pourtant une réflexion sur une chronique de Thomas Piketty que j’ai lue la veille dans le Monde, mais, si je me souviens du propos de son auteur (il ne faut pas être bien memorioso pour ce faire), je ne me souviens plus de ma réflexion. Tant mieux.

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