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30.6.22

Qu’est-ce que j’ai pensé d’autre ? Je ne m’en souviens plus. Il me semble parfois que je manque de présence à moi-même, non que je m’absente temporairement de mon enveloppe corporelle, ce n’est pas ce que je veux dire, je sais qu’il n’y a pas de différence de nature entre le moi et le corps, non que je parte ailleurs, mettre la tête je ne sais trop où,  non plus, mais j’ai l’impression de ne pas être assez proche de mes sensations, de mes pensées, de mes sentiments. Cette distance à moi-même que je crois percevoir (une sorte de métaperception, de perception de la perception, par endroits claire, par d’autres confuses), comment se forme-t-elle ? Peut-être accompagne-t-elle le sentiment de dépossession dont je parlais hier, auquel répond le besoin que j’ai ressenti de débrancher, de couper la connexion au réseau, ce qui revient à s’absenter d’un monde que l’on ne s’est pas choisi et auquel on n’appartient pas. N’est-ce pas paradoxal d’être dépossédé par ce à quoi l’on appartient pas ? Le paradoxe expose la vérité — précisément. Qu’est-ce que j’ai pensé d’autre ? Ou alors est-ce que notre cerveau n’est pas conçu pour le chaos ? Nous avons appris à penser dans un univers clos, d’abord extrêmement restreint : le temps durait une journée, l’espace était limité à ce qu’homo sapiens pouvait parcourir à pied, les relations sociales ne s’étendaient guère au-delà de cette famille élargie qu’est la tribu, et progressivement, l’univers s’est élargi, étendu pour atteindre des proportions qui nous semblent impossibles à concevoir clairement : des milliards d’être humains entourés de machines intelligentes dans un univers infini où la vie prend probablement des formes que nous ne connaissons pas encore. Et notre pensée, quelle forme doit-elle prendre pour s’adapter dans un univers comme celui-ci ? Notre pensée, n’est-elle pas infiniment archaïque ? Aussi archaïque que cette intelligence artificielle qui prétend avoir une âme ? Peut-être que c’est la machine qui nous permettra d’apercevoir notre archaïsme, cette intelligence qui s’exprime de façon si bête, comme une sorte d’humanoïde prémusilien, tout droit sorti d’un recoin poussiéreux du début du XIXe siècle, apportant par là même la preuve qu’il nous faudra encore un temps inconcevablement long pour faire ne serait-ce qu’un pas en avant, — des millénaires, sans doute. Que faire d’un artefact qui radote comme un vieillard bigot ? Que faire, sinon y foutre le feu ? Des millénaires, je vous le dis, des millénaires pour faire ne serait-ce qu’un pas en avant, — et nous croyons avoir compris quelque chose. 

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