15.7.22

Je peux faire des efforts imbéciles, mais des efforts intelligents, cela, je ne le puis pas. Il fait trop chaud. Dans l’air stagne cette odeur d’incendie qui nappe l’horizon d’une pellicule opaque. Invisibles dès lors la mer, les collines. Mais pas le moi. J’ai fermé les volets, mis en marche le ventilateur qui, réglé sur « forêt », souffle une sorte de brise plus ou moins forte, à l’imitation de la nature, tantôt puissante tantôt si faible, quasi nulle. J’imagine une vaste étendue de conifères, là-bas, loin, au septentrion, mais ne vois que le blanc du mur sombre en face de moi. Parfois, quand l’attention se fait flottante, le bruit du souffle semble se confondre avec celui des cigales qui, désespérées dès que la température avoisine les vingt-cinq degrés, cymbalisent pour attirer les femelles avec lesquelles s’accoupler et se perpétuer. Destin de toutes les espèces — à l’exception de la nôtre, sans doute. Mais enfin, est-ce la mienne ? Plus je la considère, — même malgré moi, elle est là, je n’y puis rien — plus je la considère, et moins je crois en cette appartenance. Je la vois qui vomit sa haine, entre en guerre contre l’autre, n’importe qui, le voisin, la cousine, le mâle, la femelle, au lieu de faire la guerre à ses propres névroses. En guise de thérapie, pour ma part, je me fonds dans l’absence du paysage, cette pénombre d’où émerge un rai de soleil reflété par une surface que je ne perçois pas. Dehors, quelque chose se joue sans doute, oui, qui ne m’échappe pas, mais à quoi je désire échapper.