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16.7.22

(1) Compter le nombre d’amis et de connaissances intéressantes dont on dispose ; (2) convertir la quantité par ce procédé obtenue en nombre d’exemplaires d’un livre écrit ou à écrire afin de constituer un tirage ; (3) confier l’impression de l’ouvrage une fois achevé à un imprimeur de luxe que l’on chargera de travailler avec du papier recyclé ; et enfin (4), une fois l’objet réalisé, offrir un exemplaire dédicacé d’icelui à chacune des personnes choisies comme destinataires ; — voilà en résumé la seule façon de publier un livre. C’est un fait, singulièrement déprimant à n’en pas douter, mais un fait, en effet, que les personnes qui ont des idées n’ont pas d’argent et que celles qui ont de l’argent n’ont pas d’idées, d’où le désert, à l’aridité triste malgré les sourires de marchands, qu’offre au regard de qui n’a pas encore les yeux brûlés par un tel désastre le paysage éditorial français. Ici, le lecteur potentiel me pardonnera de parler seulement de ce que j’ai sous les yeux : la France où, si affreuse soit-elle, je suis né et réside. Et le pire, je crois, le pire, c’est que je l’aime, la France, mais passons sur ce sujet. Alors oui, il y aurait bien autre façon de procéder, le numérique n’étant pas de ces choses qui s’offrent, autre façon de procéder qui consisterait à pratiquer le retrait, art consommé de la contraception littéraire mais, en ce qui me concerne, cette technique serait un peu trop proche du secret des dieux. Et, paradoxal cagien, je ne sais pas me taire. J’ai dressé un plan, tout à l’heure, sommaire de l’architecture du site de la revue que j’entends mettre sur pieds dans les mois qui viennent. Samizdat, Inc. Revue d’écritures singulières au pluriel, ça s’appelle. Mais je ne suis pas sûr de ce « singulières au pluriel », « revue d’écritures » comme sous-titre me semble amplement suffisant, à vrai dire. Hier, à R., avec qui nous échangeons quelques phrases rapides à ce sujet, je dis que je n’ai pas la moindre idée de la façon dont je vais procéder, que je vais improviser, et c’est sans doute la meilleure manière de faire, quitte à se planter, après tout, ce ne sera qu’une fois de plus. J’ai employé le mot « désespérant », un peu plus haut, ou non : « déprimant », mais je ne suis pas désespéré ni déprimé. Ce qui m’étonne. En toute logique, je devrais être désespéré,  je devrais être déprimé, mais non, je ne le suis pas. Je suis fatigué. Je bois trop. Oui. Mais je ne suis pas désespéré. Je ne suis pas déprimé. Peut-être est-ce le fait de trop boire qui m’empêche de l’être. Me coupe de mes sensations (à part la fatigue), de mes sentiments. C’est une possibilité. Et donc, il me semble qu’il est urgent d’arrêter de boire pour savoir si c’est vrai ou non. Et si ce n’est pas vrai, tenter de percer le secret de mon absence de désespoir. Le secret de ma folie.

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