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24.7.22

Trop de choses et pas assez d’espace. Mais comme, à peu de celles-ci près, j’en suis l’unique responsable, je ne peux pas lever les bras et tourner mon visage vers le ciel pour crier : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Tout est de ma faute et il va falloir faire avec. Ou quelque chose, du moins. Dans un carton déménagé avec cinq jours de retard et que j’ouvre en pensant savoir ce qui s’y trouve, je découvre des livres dont je ne me souvenais même que je les avais traduits. Mais que vais-je faire de tout cela ? Rien. D’innombrables volumes dont je me demande au nom de quoi, le public s’en étant largement désintéressé (et parfois, le public était si vaste qu’il comprenait la quasi totalité du monde moins moi), je devrais y accorder un quelconque intérêt. Parce que je les ai traduits ? Mais j’ai tout oublié, et tout me semble si lointain, comme s’il s’agissait d’une autre vie. N’est-ce pas d’ailleurs le cas ? Une heure après qu’ils ont perdu toute utilité, je me souviens que je porte sur mes cheveux attachés par un élastique une casquette, pose la main dessus, ôte le couvre-chef, défait la sorte de nœud, jette le tout à côté de moi sur le lit où je trouve un peu de place pour écrire. Il fait chaud cet après-midi, ce n’est pas ce que j’aime le mieux, mais je vis avec, car rien ne m’empêchera plus d’écrire. Victime d’un accès de culpabilité (grosso modo : je suis un bourgeois qui profite du labeur des travailleurs exploités), je réunis tous les billets que je peux trouver et je les fourre dans une poche avant de les donner aux déménageurs en plus de la somme due par contrat. Est-ce que je me sens mieux après ? Même pas. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi suis-je si vaniteux ? Étrange visage plus vu depuis des années qui sort de la nuit rue du Cherche-midi, hier, alors que nous rentrons à pied de la soirée passée avec C. et R., elle fait un grand geste de la main et dit « Sublime, sublime », deux fois, comme ça, et je m’étonne, je ne savais pas qu’elle buvait, me dis-je, mais peut-être qu’elle ne boit pas, qu’elle a toujours été comme ça, complètement conne.

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