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30.7.22

La dernière fois que je suis venu ici, c’était il y a un peu plus de cinq ans. C’était aussi la seule. Avant aujourd’hui. Je m’en souviens exactement : Emmanuel Macron n’était pas encore président (dans mon journal,  j’avais écrit quelque chose sur son affiche de campagne et sur l’échec de ma génération a réinventé la politique — je pourrais récrire la même chose aujourd’hui) et moi, j’avais encore une sorte d’éditeur pour mes textes de fiction. Nous avions passé une semaine dans la maison de M. Est-ce que c’était mieux alors, la vie, j’entends, c’est-à-dire tout, quoi, est-ce que c’était mieux ? Je ne crois pas et, en fait, je crois que je ne sais pas ce que cela veut dire mieux avant ou mieux maintenant, c’est comme ces histoires d’avant et d’après (dans des phrases du genre : « Oui, en effet, on peut dire qu’il y aura un avant et un après x. »), j’essaie de ne pas penser en ces termes. Essayer de ne pas penser en certains termes, cela ne signifie pas parvenir à ne pas penser en ces termes, mais bien faire l’effort de ne pas. J’en ai fait l’expérience, hier au soir, ou après avoir fait des remarques à mon sujet dans mon journal (sur une forme d’amélioration), évidemment, le naturel est revenu au galop. Vraiment ? Pas tout à fait. Au galop, oui, mais je ne l’ai pas laissé revenir, quand j’ai entraperçu le profil du naturel, j’ai pensé aux pages de mon journal que je venais d’écrire et je me suis dit : « Alors, tout ce que tu as écrit, c’est faux ? » Et non, ce n’était pas faux, il aurait été facile que les phrases que j’avais écrites le deviennent, mais non, j’ai pensé à ces phrases, pensé à ce que je voulais de ma vie, voulais pour ma vie, et oui, il est possible, me suis-je fait remarquer à moi-même, tout à fait possible que rien n’ait changé, que je sois toujours le même raté, oui, mais penser ces pensées, à quoi est-ce bon sinon à s’accabler ? À rien, ce n’est bon à rien. Et je ne crois pas, non, même s’il m’est arrivé souvent de le penser, je ne crois pas que je ne sois bon à rien (en un sens assez proche du « Bon qu’à ça » de Beckett, phrase stupide que je tiens en une haine rare). Mais laissons cela. J’entends sonner la cloche d’une église. Des goélands crient en volant en cercle au-dessus du rivage. La voile blanche d’un bateau disparaît derrière la falaise. Écume des vagues sur les rochers. Pendant quelques instants, je ne fais plus rien, j’appuie mon menton sur les premières phalanges de ma main gauche et je ne fais rien que regarder et je me sens complet (un) de regarder tout ce qui, dans l’encadrement de la fenêtre, se trouve sous mes yeux.

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