25.8.22

Il fait chaud et moi je me sens comme la météo, — lourd. Au lieu de m’acharner à écrire et chercher des idées pour ce faire, il me semble que je devrais accepter de me perdre dans la contemplation infinie du boulevard. La portion que m’en offrent à voir les fenêtres derrière lesquelles j’écris suffit à représenter la scène interminable de l’existence humaine dans ces régions finissantes de l’Occident que j’occupe partiellement. (Pas le courage de décrire.) Quand il m’arrive de me plaindre que nous ne nous comprenions pas, comme je l’ai fait hier, j’oublie toujours cette prémisse dont l’absence fausse le raisonnement, laquelle répond  : « Personne » à la question : « Mais qui peut bien avoir envie de vivre avec tout le monde ? » Nos relations sont tissées d’affinités électives dont la raison exacte nous échappe. Pourquoi n’ai-je jamais lu Goethe (sinon des essais et remarques sur l’art dont je ne garde à vrai dire aucun souvenir) ? Il y a peut-être quelque chose à trouver au fond de tout cela, mais quoi ? Serait-ce un trou ? Matinée au Musée Moreau avec Daphné. Dans le fascinant escalier en spirale qui relie les deuxièmes et troisième étages de sa maison-atelier, j’ai le vertige pour elle. Plus tard, de retour dans l’appartement, je lui lis les deux premiers chapitres du livre sur la mythologie japonaise que je lui ai offert hier (où il est question des premiers kami et de leurs innombrables descendants). Ensuite, nous nous endormons, bercés par le ronronnement du ventilateur. Primitif, je n’ai pas envie d’aller chercher plus loin.