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30.8.22

La crise est le mode de destruction des structures sociales par lequel le capitalisme opère, de concert avec l’État. Rien à voir : peut-être que le mensonge te fait du bien, mais la vérité du mensonge, c’est qu’il t’anesthésie. C’est une catastrophe tellement cette phrase est un truisme qui a été déformé, mis à toutes les sauces, dépossédé de son sens, mais seule la vérité libère. Comme la pierre ponce, tu me répondras : mais qu’est-ce que la vérité ? Eh bien, je ne te donnerai pas de définition. C’est peut-être que je suis fatigué parce que j’ai mal dormi (le changement d’atmosphère n’a pas que des bons côtés), mais je crois que nous connaissons tous la vérité, ou du moins nous en avons tous l’intuition plus ou moins confuse. Par intérêt, cynisme, opportunisme, vice ou excès de vertu, désespoir, tristesse, par malheur nous mettons en circulation d’innombrables phrases qui sont étrangères à la vérité (ne te laisse pas induire en erreur par le singulier, de vérités, il y en a une infinité), mais cela ne devrait pas nous perturber, nous devrions en avoir l’habitude depuis le temps que ce phénomène se produit. Mais ce n’était pas ces phrases que je voulais écrire. Enfin, si, ces phrases, il n’y a aucun doute, je voulais les écrire, mais pas maintenant, pas comme ça, ou encore : je n’avais pas l’intention de les écrire avant de les écrire. Je suis le contraire de ces manifestants qui passent à l’instant sous mes fenêtres. Au nom de quoi, je ne sais, une femme répète en criant cette phrase dans un micro : « Nous voulons… justice ! ». Mollement, il faut dire qu’ils sont peu nombreux, les co-manifestants reprennent en chœur : « Justice ! » Eux savent ce qu’ils veulent dire avant de le dire. On ne manifeste pas sans savoir ce que l’on va dire. Il faut demander l’autorisation à l’État qui examine le contenu des phrases qu’on va dire durant la manifestation et qui, à la suite de cet examen, donne son accord ou refuse. La majorité des écrivains, en tout cas tous ceux qui publient à la rentrée littéraire, et la majorité des écrivaines, en tout cas toutes celles qui publient à la rentrée littéraire, je le précise histoire de ne fâcher personne, avant de me fâcher avec tout le monde, demandent la permission d’écrire avant d’écrire. L’éditeur, dans le milieu littéraire tel qu’il est structuré, joue le rôle de l’État (l’apparente multiplicité des éditeurs ne doit pas nous égarer, elle n’est que de façade, le « champ littéraire », comme disent les sociologues structurent le comportement des acteurs), il se comporte comme une instance de validation a priori. C’est-à-dire aussi : a posteriori. Le marché n’existe pas, il n’y a pas de concurrence pure et parfaite, — tout est impur et imparfait. C’est la vérité. Il ne faut pas en avoir peur. Parce que nous avons peur de la vérité, nous (les auteurs, les lecteurs, les autrices, les lectrices, tout le monde, en fait) élaborons des fictions (le public avec ses goûts en est une parmi tant d’autres) qui nous rassurent, nous bercent : tout le monde peut réussir. C’est faux. Le taux de réussite est inversement proportionnel à l’originalité. Par exemple, cette fille, très sympa, que j’ai rencontrée l’autre jour, sans avoir la moindre idée de qui c’était et dont, à partir d’une information extraite de son contexte, j’ai fini par découvrir qu’elle était connue (si je regardais la télévision, je l’aurais su, mais je ne regarde pas la télévision), eh bien, ce qui lui vaut son succès, c’est son absence parfaite d’originalité. (Note que cela n’a rien à voir avec les qualités qu’elle peut avoir par ailleurs, le propre de l’illusion, c’est de croire à l’illusion qui semble parfaite, sinon personne n’y croirait). C’était frappant, vraiment, tout ce qu’elle disait était banal (même sans s’intéresser au sujet auquel elle s’intéressait, tout ce qu’elle disait, on l’avait entendu des centaines de fois auparavant) et pourtant, tout le monde avait l’air de trouver ça formidable. Alors que, du fait même de sa banalité, ça n’avait absolument aucun intérêt. Comment expliquer cela ? Contrairement à ce que l’humanité a cru pendant des millénaires, tout ce qui est banal est cher (au sens de « se vend »). C’est la loi. Malheur à qui ne la respecte pas. Une dernière question : dois-je conserver cette page passablement décousue ? Mais par quel tour de magie ce que tu écris ne serait-il pas à l’image de ta vie ?

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