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31.8.22

J’avais marché quoi ? je dirais une bonne vingtaine de kilomètres et je m’apprêtais à me restaurer quand la dame m’a demandé ça vous ennuierait de m’aider à traverser la rue ? Moi, je lui ai répondu non mais la dame a compris que je ne voulais pas alors elle m’a dit ah je comprends et moi je lui ai dit oui, je veux bien et je lui ai donné le bras, comme elle avait un sac assez lourd sur l’épaule je lui ai dit donnez-moi votre sac je vais le porter et comme ça, avec mon sac sur le dos, son sac sur l’épaule et sa main gauche agrippée à mon bras droit et sa main droite agrippée à sa canne, je l’ai accompagnée jusqu’au café de la rue de Vaugirard où j’ai posé son sac sur une chaise et où elle s’est assise à une table. En chemin, elle m’a confié que peu de gens s’arrêtaient pour l’aider, des jeunes, surtout, pas les vieux, et puis des noirs, surtout, alors j’ai dit comme quoi, les préjugés…, mais c’était surtout pour faire la conversation. Ensuite, elle m’a demandé ce que je faisais dans la vie, je lui ai répondu, elle m’a demandé si ça marchait, je lui ai répondu, et puis je suis rentré chez moi. J’avais commencé par suivre le tracé du sentier de randonnée qui traverse Paris d’est en ouest, de la Porte Dorée à la Porte Dauphine, et parvenu à la Porte Dorée en passant par la Tour Eiffel, Passy, le bois, j’ai décidé de ne plus suivre d’autre sentier que le mien pour rentrer chez moi, de me laisser guider par mes pieds et mon sens de l’orientation, je suis passé par le Trocadéro, j’ai traversé la Seine, l’ai longé jusqu’au Quai d’Orsay et puis jusqu’à la rue de Seine, passé le boulevard Saint-Germain dans l’autre sens, passé par le marché du même nom, passé devant le restaurant qui a changé de nom depuis que nous avons y déjeuné le jour de notre mariage, Nelly et moi, passé devant la mairie du VIe où nous nous étions mariés un peu avant, Nelly et moi, traversé la rue de Rennes, pris la rue Coëtlogon, puis la rue du Cherche-Midi puis la rue Saint-Romain où j’avais rejoint le sentier de randonnée à l’allée, la rue de Sèvres, arrêt à la boulangerie pour m’acheter un sandwich qui s’avèrera pas terrible-terrible, c’est le moins qu’on puisse dire, puis la rue Mayet, puis encore la rue du Cherche-Midi, puis le boulevard du Montparnasse, où donc j’ai rencontré la dame qui avait des difficultés pour marcher, un morceau de la rue de Vaugirard dans un sens, le même morceau mais dans l’autre sens, encore le Boulevard, arrêt au Franprix pour acheter deux bières bien fraîches, traversé le boulevard pour retourner dans le VIe, et rentré à la maison. Dans un itinéraire, il y a une partie qu’on maîtrise et une partie qu’on ne maîtrise pas, la vérité, c’est que c’est l’itinéraire qui nous maîtrise, et que nous, nous ne faisons que l’emprunter. Dans mon improbable tenue de nomade en ville, j’étais bien, même les quartiers où je n’aurais pas aimé vivre, je les trouvais beaux, à part peut-être Passy, qui est vraiment trop, c’est ce que je me suis dit en passant devant Saint-Jean de Passy, noir de monde, est-ce un prélude à la prière de rue ? je ne suis pas resté pour vérifier, un peu plus loin, j’ai marché dans une merde de chien, seul endroit à Paris où ça m’est arrivé, mais n’y voyons pas le moindre rapport, je trouvais belles, ces rues, beaux, ces immeubles, quelques heures comme ça, ne me fiant à rien, nulle vérité, sinon celle qui vient quand on met un pied devant l’autre. J’ai marché.

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