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13.9.22

Trois poèmes écrits au dos de bouts de papier qui ne sont pas destinés à recevoir de la littérature me libèrent. Devrais-je tout écrire ainsi, sur des morceaux de papier volant non prévus à cet effet ? Ici, je pourrais me lancer dans un diatribe sur l’état actuel de la littérature et l’état actuel de la littérature ne me donnerait pas tort, au contraire, mais je n’en ai pas la moindre envie, je sais déjà ce que j’en dirai et cela ne présente pas le moindre intérêt pour moi. Pourtant, je ne veux pas garder le silence. Il n’y a pas de raison que je me taise. J’entends : ce n’est pas parce qu’on ne veut pas me donner la parole que je ne dois pas la prendre. Loin de là, c’est même une bonne raison de prendre la parole. Nous devrions nous taire lorsqu’on nous donne la parole et la prendre quand on nous la refuse. À quoi sert la littérature ? a-t-on envie de demander. Et de répondre : à montrer tous les côtés du mystère. (Paraphrase de cette remarque que fait le narrateur à propos de « Rachel quand du Seigneur » dans le Côté de Guermantes : « Et en effet, la regardant tous les deux, Robert et moi, nous ne la voyions pas du même côté du mystère. ») Les trois poèmes à présent : 
[ticket de caisse]
rien de neuf
je me perds dans la contemplation du plafond
(moulures)
l’après-midi
quelques instants de plus
et je pourrais disparaître
enfin
mais non
je me retiens
mais pourquoi ?
ce n’est pas moi
c’est autre chose
[deux tiers d’un courrier de la mairie]
depuis quand n’avais-je plus
écrit de poèmes ?
je ne sais pas
ne sais même pas si je suis une personne
ou un moins que d’être
j’oscille sans cesse entre l’euphorie
et le désespoir
à quand remontent les jours
qui te ressemblaient ?
te voilà partie depuis quelques heures
à peine et déjà
j’ai perdu toute notion
ignore qui je suis
— quand nous sommes-nous
satisfaits d’être (heureux)
pour la dernière fois ?
[tiers restant du courrier de la mairie]
le silence mat de l’existence
je tire les rideaux
sur le dehors
dès lors il peut se passer
n’importe quoi
ou rien
je ne sais pas
je ne regarde pas
personne ne désire le dehors
et le dedans
le dedans n’existe pas
là moi
les rideaux tirés
sous le toit
sur ma tête
je ne sais quoi penser 
qu’importe ?
je puis me contenter
de vivre
Suis allé courir. Je pue. Mais je voulais écrire avant d’aller me laver.

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