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17.9.22

Quarante-cinq ans. Si tout n’est pas parfait, il me semble que je suis là où je veux être. (Détail, un peu plus qu’anecdotique : quand, au téléphone, mon père m’a dit qu’il faisait 30°C à Marseille, c’est comme si je ne comprenais plus ce dont il me parlait, ne pouvant rattacher les mots qu’il prononçait à des sensations actuelles, simplement à des souvenirs récents, mais auxquels je ne crois plus.) J’ai donc légalement vieilli d’un an. Si je cherche une différence avec la veille, la première qui me vient à l’esprit, c’est que j’ai mieux dormi cette nuit, même si je me suis réveillé. J’ai écouté quelques instants les pas du voisin du dessus, me suis demandé ce qui pouvait bien le conduire à faire toutes ces allées et venues à cette heure avancée de la nuit, mais en fait je ne sais pas quelle heure il était, je ne l’ai pas regardée. J’ai écouté quelques instants de plus, et puis, sans m’en apercevoir, je me suis rendormi. À présent, toujours allongé dans mon lit, je regarde par les fenêtres que Nelly a dégagées des rideaux deux coins de boulevard que le soleil pâle, doux dirais-je, de cette matinée de fin d’été éclaire. En faisant une rapide recherche sur Proust calfeutré, j’ai découvert que la même banque qui, en 1919, avait chassé Proust de son appartement après que sa tante eut vendu l’immeuble du 102, boulevard Haussmann, la banque Varin-Bernier, après avoir été rachetée à son tour par le CIC, avait interdit en 2004 l’accès à la pièce où Proust, isolé du monde extérieur et du vacarme du boulevard, écrivait. À l’époque, Proust devait quelque 25000 francs de loyer en retard. Aujourd’hui, l’idée qu’une banque au capital de 17 milliards d’euros ne conçoive pas de consacrer une infime partie de ses fonds à entretenir une simple chambre d’écrivain pour la rendre accessible au public de ses admirateurs n’étonne pas le moins du monde. « Construisons dans un monde qui bouge », tel est le slogan du CIC. Comme on vide les pièces des écrivains, on vide les mots de leur sens. Vider les mots de leur sens, voilà l’opération fondamentale du capital.

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