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27.9.22

Cette nuit, mon rêve érotique a été interrompu par un message publicitaire m’invitant à une plus grande sobriété énergétique. « Avez-vous pensé à débrancher le wifi ? », me demandait en souriant l’instance castratrice à l’œuvre pendant mon sommeil qui avait emprunté les traits d’Hugo Clément dont j’avais entendu parler pendant la journée. Pourtant, mon esprit avait bien fait les choses : la fille était toute de noir vêtue, elle portait une robe moulante, des bas et d’émoustillants escarpins. Elle était peut-être un peu grosse, je ne dis pas, et je crois d’ailleurs que je m’en suis fait la réflexion pendant que je rêvais, mais on ne va tout de même pas reprocher à mon inconscient de n’être pas grossophobe. Et puis, ce n’était pas cela que me reprochait l’ayatollah anémié de l’environnement, non, mais de ne pas avoir débranché le wifi. J’ai eu envie de lui coller mon poing dans la gueule en gueulant : « Non mais tu ne crois pas que ça peut attendre, espèce de mongolien ! Tu ne vois pas que je suis occupé, là ! Qu’est-ce que tu me saoules avec ta nature pourrie, putain, crétin, va, casse-toi, mais casse-toi, putain ! » Et là bim, en plein dans le nez. Mais non. Pour une fois que je dormais bien, cela ne valait vraiment pas la peine de perdre mon sang-froid et de me réveiller. Alors. Alors, je ne sais pas, j’ai dû continuer à dormir parce que je ne me souviens plus de rien. Les souvenirs oniriques, c’est ce matin qu’ils sont venus, et ils s’arrêtent là, sur la tête d’Aldo Clément qui, comme dans un spot publicitaire, souriant comme un demeuré, me dit : « Avez-vous pensé à débrancher le wifi ? C’est bon pour la planète. » Alors, c’est vrai, je dois le dire pour être tout à fait honnête, c’est vrai que non, je n’ai pas pensé à débrancher le wifi. Même si en fait si. Quand le technicien de Solution 12 est venu nous installer le wifi, il y a quelques jours de cela, un jeune très efficace, poli, discret, tout, parfait, mais ce n’est pas le sujet, quand le technicien de Solution 12 nous a installé le wifi, je lui ai demandé si on pouvait le débrancher sans problèmes et il m’a dit oui et donc, moi, je me suis dit, tiens, ce serait bien de débrancher le wifi, le soir, quand on se couche, on n’a pas besoin du wifi, quand on dort. Donc, en fait, j’aurais dû dire à Augustin Clément, ou je ne sais plus trop comment il s’appelle, j’aurais dû lui dire à l’autre demeuré que, oui, j’avais bien pensé à débrancher le wifi, mais que j’ai oublié de le faire, ce qui signifie que, si mes actes ne sont pas moralement irréprochables, mes intentions, elles, ne sont pas de nature peccable, elles sont fondamentalement bonnes. Mais je ne le lui pas dit, pas eu la présence d’esprit. Je m’apprêtais à palper les fesses de ma dodue déesse, comment aurais-je pu imaginer qu’Arnaud Clément allait apparaître dans mon rêve pour le gâcher ? Est-ce qu’il faut tout le temps être sur ses gardes ? Il faut croire que oui. Ce monde est invivable. Mais ce n’est pas cela que je voulais dire. Non, ce que je voulais dire, c’est que cette histoire de sobriété énergétique, ça va trop loin. Je veux bien qu’on sensibilise la population, qu’on la culpabilise, même, qu’on lui fasse calculer cent fois par an son bilan carbone pour être bien sûr de bien l’humilier, pour tout dire, je suis pour, et je suis contre la voiture en ville, contre les jets privés, contre les milliardaires qui partent en voyage dans l’espace, pour le vélo, pour les AMAP, pour la randonnée, pour la permaculture, pour les fleuristes qui vendent des fleurs de plein champ qui ont l’air déjà l’air fané quand on les offre, oui je suis pour à 100%, mais s’introduire dans les rêves des gens, non, ça, ça va trop loin. Je suis contre. Je ne sais pas quelle start-up a mis au point la technologie qui permet d’envoyer Arnaud Viviant dans les rêves des gens pour leur faire passer des messages si bienveillants soient-ils, mais c’est une atteinte gravissime à l’intimité de ma personne. Je veux bien, et, honnêtement, je ne dis pas le contraire, je suis tout à fait disposé à le reconnaître, je veux bien admettre que mon rêve était stéréotypé, beaucoup trop genré, c’est mon côté vieux mâle blanc qui resurgit dès que la censure baisse la garde, je bande sans complexes, c’est dégueulasse, je sais, mais je n’y peux rien, c’est inconscient, je suis tout à fait disposé non seulement à le reconnaître, mais encore à faire amende honorable, c’est la moindre des choses de battre sa coulpe, je ne contrôle pas, c’est vrai, mais je peux culpabiliser, mais de là à s’introduire dans mon intimité pour me faire passer des messages, je veux dire, là, la stratégie de communication, ça va trop loin. Il faut que ça s’arrête. Et immédiatement. Laissez-moi dormir tranquille. C’est pourquoi, Madame l’Administratrice générale, je me permets de vous adresser ce courrier afin que vous respectiez désormais une trêve onirique et me laissiez rêver en paix.

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