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3.10.22

Deux mois et demi que je ne m’étais pas assis à ce bureau pour écrire. Entre temps, aux collines de Marseilleveyre ont succédé la tour Montparnasse et à la tranquillité moyenne des quartiers résidentiels, l’agitation du boulevard. Différentes hauteurs, différentes atmosphères pour une seule et même vie, c’est vrai. Malgré les différences, cela dit, l’essentiel est préservé : je dispose d’un poste d’observation et, fût-il borné par l’étroitesse d’une fenêtre, c’est sur le monde qu’il s’ouvre. Je viens de replacer le petit coffret à cigares en bois que j’étais allé acheter dans cette civette, place de Catalogne, et qui ne contient plus depuis longtemps de cigares, mais divers ustensiles d’écriture — carnets, crayons, taille-crayons, feutres, stylos plume, petite trousse, feuilles volantes — ainsi que d’autres objets comme ces cartes postales achetées à Tours et à Saché, qui figurent, pour celle achetée au Musée des Beaux-Arts, le portrait de Balzac en robe de moine par Louis Boulanger, et, pour les autres, des caricatures de Daumier, les masques de 1831, Vautrin, le Père Goriot, « une lecture entraînante » parue dans Le Charivari le 25 novembre 1836. Dans les tiroirs du bureau ainsi que dans ceux de la commode réinventée en annexe de stockage, j’ai entassé quantité de documents dont je ne sais à peu près plus rien, si ce n’est que je n’ai pas jugé bon de m’en débarrasser au moment de déménager, cet été, étonnantes archives qui ont peut-être vocation à l’être, des autarchives, je crois me souvenir que j’avais inventé ce néologisme, mais je ne sais plus à quelle occasion, je ne me souviens que du mot qui flotte ainsi dans une mémoire floue, et dont je n’ai rien cherché à savoir en les mettant là-dedans, je voulais qu’il n’y ait plus de cartons qui traînent dans la chambre à coucher où, après l’espace de séjour, ma table d’écriture a élu un nouveau domicile. Par suite, le lieu semble bien vide non qu’il le soit réellement mais parce qu’il était trop plein jusqu’à présent, trop plein et mal rangé, et semble désert non par réalité ni manque mais par soustraction ; il est un résultat, la solution d’un problème. Combien faudra-t-il attendre de temps avant de pouvoir enlever tous ces cartons entassés et avoir suffisamment de place où s’asseoir pour écrire ? Deux mois et demi.

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