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2.10.22

Calme relatif ; — c’est inquiétant. On se demande : que va-t-il se passer ensuite ? Peut-être rien ? Et si c’était vrai ? S’il ne se passait plus rien ? Jamais ? Jamais. Enfin, je veux dire : d’autre que ces banalités que sont les cataclysmes, les guerres, les émeutes, les massacres, les conquêtes, les révolutions, et j’en oublie trop, le commun de notre lot sans grand intérêt et dont nos livres d’histoire sont remplis pourtant. Mais pour nous, enfin, pour moi, qu’est-ce que c’est que tout cela, sinon un peu d’écume ? Notre sentiment est si grand parfois, d’une immensité telle que tout semble submergé et qu’on ne comprend plus très bien comment seuls les actes de la plus grande barbarie peuvent surnager ? Ne nous y trompons, l’histoire n’est pas l’histoire de la civilisation, c’est l’histoire de la barbarie, l’histoire de la haine, l’histoire de la quête avide, avare, du pouvoir. La civilisation — l’amour — échappe totalement à l’histoire, elle n’en habite même pas les marges, toujours on s’efforce de la dépeupler. Qui gardera la mémoire de telle après-midi d’octobre, pluvieuse averse mais belle, où l’enfant fêta son anniversaire au jardin du Luxembourg avec d’autres enfants, qui gardera la mémoire de sa beauté à elle, de sa façon de parler de l’âge de raison après avoir poussé des hurlements contre le grillage des courts de tennis sous le regard des gens médusés, d’elle superbement ignorés ? Cela, cette sauvagerie sublime, l’origine de toute civilisation, l’histoire jamais n’en aura cure, jamais de ces millions d’histoires à elle semblables, ordinaires et uniques, magnifiques. Et que nous devrions raconter pour en faire notre universelle mémoire. Quelle grandeur qu’elle ? Nulle. Tout autre n’est que démesure grotesque, enflure, rage sanguinolente, hargne accaparatrice, désir sali par d’insalubres actions. « Qu’est-ce que tu écris en ce moment, Jérôme ? », me demande-t-on. Rien. Tout. Quelle différence est-ce que cela fait ? Il y a tellement plus en jeu que le livre. Il en va de la vie. Elle est tellement plus profonde que l’histoire, la vie. Bien au-delà de la douleur. Ce sont des labyrinthes infinis d’émerveillement.

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