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14.10.22

À la maison de Balzac rue Raynouard sous la pluie. Pendant un certain temps, je déambule en compagnie de deux dames âgées, bavardes et passablement désagréables qui, manifestement, se soucient plus de leurs petits racontars que de ma modeste personne qu’elles dérangent pourtant. Chez l’être humain, la manie de parler, cette logorrhée qu’il est incapable de maîtriser, est détestable, détestable et incurable. À un moment, je pense : Mais pendez-vous, les vieilles ! mais je ne le dis pas à haute voix ou alors elles ne sont déjà plus là pour l’entendre, dans la pièce où sont exposées les plaques gravées des eaux-fortes d’Alechinsky qui illustrent le Traité des excitants modernes. Après qu’elles sont parties, je prends conscience de l’existence d’un film de Pierre Coulibeuf, diffusé en boucle, qui s’intitule Divertissement à la maison de Balzac (1989). On y voit des gens descendre l’escalier par lequel on ne pénètre plus dans le jardin de la maison, entrer dans la maison, y passer un moment, et puis une jeune femme (ensuite, j’apprendrai en cherchant son nom qu’il s’agit de Sibylle Grimbert) qui déambule, et puis un jeune homme qui déambule et qui lit, et puis Michel Butor qui déambule un livre à la main, et puis Pierre Alechinsky dans son atelier qui, après avoir tiré une eau-forte, de gestes souples et précis, asiatiques, en révèle les contours à l’aquarelle. Film étrange et beau, c’est tout ce que je trouve à en dire, devant lequel je reste médusé parce que le son n’est pas assez fort pour entendre les extraits du texte lus et que je dois me résoudre à lire les sous-titres en anglais pour entendre cette histoire des trois condamnés à mort dont la peine fut commuée l’un à boire pour tout aliment du chocolat, l’autre du café, le troisième du thé, et comment le premier mourut au bout de huit mois et l’état de son corps, et comment le second mourut au bout de deux ans et l’état de son corps, et comment le troisième mourut au bout de trois ans et l’état de son corps, d’une transparence telle qu’on pouvait lire le Times à travers.

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