28.11.22

Je sais qu’il faut que je bouge, mais je n’en ai pas la force. Plus tard, je la trouverai, mais pas maintenant, non, pas tout de suite. Hier au soir, au lit, j’ai lu les trois premiers chants de l’Enfer et puis, les pages qui composent la fin du carnet que L. m’a envoyées, lesquelles, comme les vingt premières, m’ont semblé baigner dans une atmosphère poétique très belle, je sentais des ambiances, et je me disais que j’aurais aimé vivre un été comme celui-là, flotter dans une forme d’indétermination, de légèreté. Tout est si déterminé, tout est si défini. Peut-être est-ce la fatigue, mais il me semble que j’ai besoin de contours moins nets, d’emplois du temps moins stricts, d’une forte dose de sfumato. Je pense à toutes ces choses que je n’ai pas envie de faire et qu’en règle générale je me reproche de ne pas avoir envie de faire, manifestant par là que je suis le fruit trop mûr de mon éducation, et que je n’ai pas envie de me reprocher aujourd’hui, que je n’ai plus jamais envie de me reprocher. De toutes les vies que nous pourrions inventer, que nous ne devions vivre que celle-ci, n’est-ce pas désespérant ? C’est-à-dire, non, je ne trouve que ma vie soit désespérante, mais si toutes les vies possibles étaient disponibles, laquelle choisirais-je ? N’en choisirais-je qu’une ? En choisirais-je une ? Si je pouvais vivre toutes les vies possibles, peut-être n’en vivrais-je aucune. Je voudrais dormir très, très longtemps. Cette nuit, j’ai rêvé que je pénétrais dans un appartement situé au onzième étage d’un immeuble derrière une maison bien réelle où je sais qu’il n’y a pas d’immeuble de onze étages ou plus mais une autre maison, et d’ailleurs quand je regardais par la fenêtre de l’appartement, je me rendais bien compte que je ne me trouvais pas au onzième étage d’un immeuble, mais à l’étage d’une maison. Il n’y avait personne dans l’appartement, et je savais que je n’avais pas le droit d’y être. Tout avait été laissé en place par ses occupants qui, je crois, étaient morts. J’avais peur que la personne vivant dans la maison sur laquelle donnait la fenêtre de l’appartement me voie et, en tâchant de faire le moins de bruit possible, je sortais de l’appartement, refermais la porte à clef, et descendais l’escalier gris foncé par lequel je m’échappais sans être vu. Ensuite, je me suis éveillé.