sept janvier deux mille vingt-trois

Esthétique de la mort — esthétique de la destruction. Du désir qui accompagne chacune de ses manifestations. Et ma fascination, au Musée de l’Armée, devant les uniformes des hussards de Napoléon. Là, à même la peau, se tissent les liens indissolubles entre la beauté et la mort, la gloire et la destruction, la victoire et la défaite. Quand, un peu plus tard, dans cette librairie grand public où j’irai chercher un livre que j’ai déjà (je m’en aperçois à temps), je lirai les résumés des critiques « de gauche » qu’il est convenu d’adresser à Bonaparte et Napoléon (bien souvent, nul n’est besoin de lire les livres pour savoir ce qu’il y a dedans ; ainsi le veut la nature tautologique du monde de la culture), j’aurai le sentiment que, pensant ainsi, on passe à côté de l’essentiel. Mais vies entières ne sont-elles pas passées à passer à côté de l’essentiel ? Et puis, qu’est-ce que l’essentiel ? Je ne sais pas. Rien, à n’en pas douter. Si on le regarde attentivement, on finit toujours par voir que tout est rien. La critique idéologique, dogme contre dogme, est vouée à l’échec. Elle ignore la sensibilité, la sensualité, l’attrait infini des objets. Comme chez Benjamin, où la critique des choses est indissociable de la fascination que ces mêmes choses suscitent. Ethos de collectionneur. Ethos du flâneur qui, comme l’écrit Benjamin, « s’abandonne aux fantasmagories du marché. » Ainsi, du capitalisme : qui ne comprend pas la jouissance au cœur de son fonctionnement, la satisfaction des désirs et la multiplication à l’infini des désirs et la satisfaction de ces désirs et ainsi de suite à l’infini, qui ne comprend pas le charme exercée par la surabondance, le pouvoir magique de l’excès des choses, n’a pas grand-chose à en dire, et se trouve comme l’ascète qui dirait au libertin : « Repens-toi ! », ne parlant pas le même langage que lui, il parlerait dans le vide. Mais ce vide, pour beaucoup, est une immense source de satisfaction, les phrases tombent dans une sorte d’éther où elles semblent résonner à l’infini. Noté cette phrase dans Sens unique, texte que j’ai trouvé moins beau qu’Enfance berlinoise, mais peut-être ne faut-il pas les lire l’un à la suite de l’autre (le second paraphrasant souvent le premier), que je cite de mémoire : « Être heureux, c’est pouvoir prendre sans effroi conscience de soi-même. » Définition de philosophe en proie aux grandes angoisses que suscite la vie chez qui l’aime.