quatorze janvier deux mille vingt-trois

Choses étranges que les choses, les êtres. Il faudrait, en vue de les apprécier un peu mieux, prendre quelque distance, sans doute, quelque congé lointain afin de n’avoir pas toujours le nez dessus, et les yeux rivés sur les choses, les êtres, si étranges soient-elles, si étonnants soient-ils, non les fermer, les ouvrir comme jamais, et regarder ailleurs, avoir un regard autre. Changer de sujet : la même chose mais différemment. Quand il arrive soudain que surgisse à la surface de notre conscience l’idée que, peut-être, tout ce que nous croyions savoir est faux, que la vérité est tout autre, que faire ? S’enfoncer la tête profond sous terre pour surtout ne rien être contraint de changer ou bien ouvrir les yeux grand, émerveillés par  la lueur de l’étonnement, son éclair, et tout voir, les choses, les êtres, exactement comme ils étaient avant et sans plus aucune commune mesure pourtant ? Il faut aimer la réalité pour qu’elle nous étonne, nous paraisse fantastique, irréelle, sans nul rapport avec l’idée que nous nous en faisions l’instant d’avant, avant que la chose, l’être apparaisse à la surface de notre conscience, tout autre, métamorphosé, la même mais différemment. Il faut aimer la réalité pour percevoir ce qu’elle comporte de révolutionnaire : ce ne sont pas les choses, pas les êtres qui changent, mais la façon dont nous les percevons, la façon dont nous les décrivons, la façon dont nous les vivons. Et quand cette réalité se fait brutale, ne pas détourner le regard, ne pas s’abandonner à la pitié, inventer une nouvelle cruauté, plus belle. Telle l’enfant s’émouvant, s’étonnant de l’homme qui, en plein milieu du jour, sur le trottoir, dort, sous la pluie. Tu es une bonne personne, lui dis-je un peu après quand nous parlons de sa vision, avant d’ajouter pour moi-même, au moment d’écrire cette phrase, et cela n’a pas de prix. Ailleurs, commencé ce que j’appelle un carnet secret.