treize janvier deux mille vingt-trois

Du temps pour les autres et bien plus que pour moi, d’où sans doute certaines difficultés à me concentrer, aujourd’hui, ou bien est-ce autre chose, autre chose mais quoi ? Un autre régime peut-être, non au sens de diète absurde, ascèse para-religieuse, dogme sans révélation, animisme gratis, rituels sociogéniques, hygiène maladive, mais au sens vital de gouvernement de soi, bien plutôt, et l’agacement qui l’accompagne à l’occasion, frustration, rage sourde, tout ce à quoi il ne faut pas céder, au contraire, tout ce qu’il faut surmonter, comme dans la pratique de l’instrument de musique qu’on a envie de détruire si souvent (ce que je dis à Daphné quand nous parlons des leçons qu’elle a abandonnées après qu’elle m’a dit qu’elle voulait que nous l’inscrivions à l’orchestre de l’école, l’année prochaine, mais pas dans un orchestre en dehors de l’école, comme je le lui propose, pour que ça ne devienne pas « obsessif », me dit-elle, ce à quoi je réponds « obsessionnel, mon amour »), lui faire payer notre nullité, mais l’instrument n’y est pour rien, c’est soi-même qui se trouve mis en jeu, en doute, en crise, en danger, menacé d’autodestruction, et l’obstacle surmonté procure un plaisir à la mesure de l’épreuve. Banalités ? Sans doute, comme le sont l’immense majorité de nos vérités, banales. Survolant du regard ce que j’écrivais il y a un an jour pour jour dans ce même journal, je découvre avec et sans étonnement que le menu de mon déjeuner était composé exactement de la même manière que ce jour-ci. Suis-je logique ou prévisible, moi-même ou d’un mortel ennui, comment savoir ? Peut-être ne le faut-il pas. Peut-être n’est-ce pas la question, peut-être n’y a-t-il pas de question, peut-être l’éternel retour du même est-il la réponse à toutes les questions, y compris celles qui lui semblent en tout point étrangères. Émission vieille de vingt ans à la radio (je la rediffuse pour moi-même tout en préparant mon déjeuner et en le consommant ensuite), où il est question du pied et notamment de la bipédie originelle de l’humanité (Yvette Deloison). Au musée de l’érotisme (définitivement fermé, j’ai vérifié), Alain Plumey décrit avec minutie un soulier phallique d’origine japonaise destiné à donner du plaisir à qui le porte. Couru 40 minutes (toujours pas de gps) puis gainage pour courir encore et redresser le corps qui sont aussi des sources de plaisir. Un appartement dans l’immeuble en face du nôtre est à vendre, mais ce n’est pas celui dont les fenêtres sont allumées. Dommage.