vingt-trois janvier deux mille vingt-trois

Comme je ne sais pas quoi faire, je me lève pour préparer un autre café, et puis pense à la mort, la meilleure des motivations pour écrire, qui ne m’empêche pas cependant de boire le café que je viens de préparer. En fait d’écriture, j’ai écrit ce matin, deux vers d’un poème et quelques lignes de note sur les liens entre le contrat social et le mythe de Faust, j’ai pensé à d’autres choses, aussi, que je n’ai pas écrites, à une idée, entre autres, dont S. m’avait fait part, il y a plusieurs années de cela, et qui m’avait semblé parfaitement absurde, si absurde que d’aucuns aux États-Unis d’Amérique la mettent désormais en pratique, d’où elle finira par nous parvenir d’ici à une trentaine d’années. Mais peut-être ne serais-je pas encore mort alors, malheureusement. J’ai donc compris que cette idée que S. m’avait exposée à cette époque-là n’était pas une idée à lui, mais une idée de gauche dans l’air du temps, ce qui, rétrospectivement, en plus de l’absurdité de l’idée en question, m’a  profondément déçu, comme si je me rendais compte, beaucoup trop tard, qu’il faisait passer en contrebande dans la conversation des idées qui n’étaient pas de lui. C. aussi avait l’habitude de faire ça : il faisait des plaisanteries qui n’étaient pas les siennes, mais que, comme je ne connaissais pas leur origine, je prenais pour les siennes, ce qui me faisait dire qu’il était drôle, avant de me rendre compte qu’il les faisait passer en contrebande, ce qui me fit dire enfin que c’était un imbécile. Ces petites malhonnêtetés n’ont peut-être l’air de rien, mais pour moi, elles sont tout : elles font tomber les êtres de leur piédestal à une vitesse newtonienne. Je me découvre trahi, comme l’amant, toujours beaucoup trop tard. Et dire qu’il faut faire confiance aux gens. Risque à courir malgré la peine encourue. Qu’est-ce que je raconte ? Aucune idée. Hier, j’ai commencé la lecture des Promenades dans Rome en prévision d’un prochain voyage et je découvre ce midi que c’est aujourd’hui l’anniversaire de Stendhal. Parcourant sa biographie du coin de l’œil, j’apprends que son ouvrage De l’amour s’était écoulé en 1822, année de sa parution, à quarante exemplaires. Car telle est l’histoire de la littérature.