Enfin parvenu à mettre en ordre les notes accumulées. (Cf. 11.5.26). Pas complètement, non, mais en écriture, au moins. C’est-à-dire que, maintenant, il y a quelque chose d’écrit, en récit, à partir de quoi je vais pouvoir continuer d’avancer (pour la traduction, sa présentation, et la fin du livre). Étonnant comme, parfois, il faut deux semaines pour réussir à écrire seulement une page. Tout est là, mais pourtant, rien n’a de sens. Tous les morceaux sont là, mais ils ne forment pas un corps. Ce ne sont ni fragments ni les pièces d’un puzzle, ce sont des bouts épars qui attendent d’être mis les uns à la suite des autres. Tant qu’ils n’ont pas été mis en ordre, écrits, ils sont sans vie. Pourtant, tout semblait simple : il suffit de suivre la chronologie, pensait-on, oui, mais elle ne m’a pas été donnée, il aura fallu l’élaborer. D’où l’idée d’ordre : l’ordre, c’est le temps qui l’a donné, mais il ne suffit pas d’obéir à ce ordre, parce que cet ordre, si le temps l’a donné (d’abord, il a fait ceci, et puis, il a fait cela, enfin, il a fait ceci cela), ce n’est pas à nous qu’il l’a donné, il l’a donné, c’est tout, et c’est la vie, mais la vie telle que le temps lui a donné son ordre, cette vie n’est pas encore racontée. Et puis, la question de l’échelle : on parcourt une page et, entre le début et la fin de la page, il s’est écoulé un an. On se dit : Un an, ce n’est rien, mais c’est immense, c’est la distance qui sépare le néant de la naissance, la vie de la mort, une expérience d’une autre sans commune mesure avec la première et que la première ne laissait en aucun cas présager. Il faut mettre beaucoup de choses dans presque rien. Beaucoup de temps dans quelques milliers de signes, à peine. Et ce n’est pas une lacune. Ou un défaut de fabrication. C’est une exigence. Il faut savoir être concis, apporter les informations pertinentes, et laisser le reste de côté. On pourrait tout dire, mais ce serait incompréhensible : cela ne permettrait de rien comprendre. Échelle, ai-je dit ; équilibre, dis-je à présent. Échelle de temps entre la vie et la page, équilibre entre la masse d’informations possibles et celles qui sont pertinentes, temps long, instant, quand des semaines se concentrent en quelques minutes sur la page, enfin. Enfin, tout semble clair : on y comprend quelque chose.

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